{"id":17,"date":"2008-09-04T20:21:10","date_gmt":"2008-09-04T18:21:10","guid":{"rendered":"http:\/\/otaf.artypop.com\/?p=17"},"modified":"2008-09-05T00:31:58","modified_gmt":"2008-09-04T22:31:58","slug":"dejeuner-en-paix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mozza.artypop.com\/?p=17","title":{"rendered":"D\u00e9jeuner en paix"},"content":{"rendered":"<p>Salaud de Stephan Eicher. T&#8217;as niqu\u00e9 un super titre avec ta chanson pourrie. Enfin&#8230; Je pr\u00e9f\u00e8re pas y penser, tiens.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, toute ma matin\u00e9e \u00e9tait d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un unique but : ne pas d\u00e9jeuner avec Pascal. Non parce que \u00e7a va bien, j&#8217;en ai marre. Seulement, comment le lui faire comprendre sans lui envoyer un vent dans la face. Une seule solution : travailler d&#8217;arrache-pied jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il d\u00e9cide d&#8217;aller d\u00e9jeuner. Et quand il me proposera, tout diabolique que je suis, je lui dirais un truc du genre : &#8220;nan, j&#8217;ai trop de taf, je vais bouffer un sandwich&#8221;.<\/p>\n<p>\u00c7a ne peut pas rater.<\/p>\n<p>Les heures s&#8217;\u00e9coulent lentement, je m&#8217;active comme jamais, je bouge des trucs sur mon bureau, je me l\u00e8ve, je m&#8217;occupe de prendre des photos manquantes, j&#8217;abats du boulot, je suis une b\u00eate de somme . Arrive midi, Laurence, la secr\u00e9taire de r\u00e9daction, nous dit : &#8220;Je mange avec une copine&#8221;. Cool, j&#8217;aurais pas \u00e0 manger avec toi. Non, parce que manger avec Laurence et Pascal, c&#8217;est un peu comme si tu m\u00e9langeais le Yin et le Yang dans un cocktail molotov : c&#8217;est explosif.<\/p>\n<p>J&#8217;ai les crocs, mais je continue de bosser. Pendant ce temps, et toute la matin\u00e9e, Pascal a jou\u00e9 \u00e0 <em>La Guerre des Gangs<\/em> sur Facebook. Quand le chef passe derri\u00e8re lui, il feint de s&#8217;int\u00e9resser subitement \u00e0 son travail, puis retourne la t\u00eate vers son ordinateur o\u00f9 la mission 3 vient d&#8217;\u00eatre une r\u00e9ussite et bravo avec tes cent onze points de vie.<\/p>\n<p>Moi, je veux pas jouer \u00e0 <em>La Guerre des Gangs<\/em>, j&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 assez \u00e0 faire avec feu <em>Scrabulous-Wordscraper<\/em>. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas Pascal de m&#8217;envoyer des invitations \u00e0 longueur de journ\u00e9e pour que je rejoigne son gang.<\/p>\n<p>Avant-hier, exc\u00e9d\u00e9, j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre le gang d&#8217;un pote \u00e0 lui, rien que pour l&#8217;emmerder. Quand il m&#8217;a dit : &#8220;alors, tu rejoins mon gang ?&#8221;, j&#8217;ai r\u00e9pondu avec un gros sourire aux l\u00e8vres : &#8220;non, je suis dans celui de Monsieur Bite&#8221;. Je pensais le moucher, mais \u00e0 priori, j&#8217;ai pas compris le jeu, on peut \u00eatre dans plusieurs gangs. &#8220;D&#8217;ailleurs, c&#8217;est m\u00eame comme \u00e7a qu&#8217;on gagne&#8221;, rajoute-t-il. &#8220;Ah&#8221; (ma r\u00e9plique favorite). Il r\u00e9fl\u00e9chit et me met alors en garde : &#8220;Par contre, Pop, fais gaffe : quand on commence de jouer \u00e0 ce jeu, c&#8217;est difficile de s&#8217;arr\u00eater&#8230;&#8221;.<\/p>\n<p>Non&#8230; Sans blague&nbsp;? Tu crois que je vois pas que tu passes tes journ\u00e9es \u00e0 y jouer plut\u00f4t que de faire tes papiers et que du coup, je vais devoir m&#8217;en taper deux fois plus que toi&nbsp;?<\/p>\n<p>Bordel. Si encore le sujet m&#8217;int\u00e9ressait, mais l\u00e0&#8230; notre journal&#8230; mazette&#8230; C&#8217;est \u00e0 peine si je l&#8217;ouvre quand il arrive sur nos bureaux apr\u00e8s impression.<\/p>\n<p>Il est midi trente et je m&#8217;\u00e9clipse dans le studio photo pour finir un travail engag\u00e9. Au moment o\u00f9 je quitte ma place, Pascal me dit : &#8220;Je vais manger&#8221;. &#8220;Ah, okay&#8221;.<\/p>\n<p>Je reviens une demi-heure plus tard, et il n&#8217;a pas boug\u00e9. Scotch\u00e9 devant son jeu. Merde de merde.<\/p>\n<p>De treize heures \u00e0 treize heures trente, je bosse et j&#8217;attends. Au bout d&#8217;un moment il me demande&nbsp;: &#8220;Tu vas pas manger alors ?&#8221;. &#8220;Non, je prends un sandwich&#8221;. &#8220;Moi, je vais y aller&#8221;. &#8220;Ah&#8221;.<\/p>\n<p>Treize heures quarante. La cantine ferme dans trente-cinq minutes. J&#8217;ai la dalle, putain, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il attend ! Il se l\u00e8ve. &#8220;Bon, cette fois, j&#8217;y vais&#8221; et il descend. Il me fait un peu les gros yeux, je le vois bien, mais je ne dis rien, je suis beaucoup trop occup\u00e9 \u00e0 regarder une feuille blanche sur mon bureau.<\/p>\n<p>J&#8217;attends moins dix et je pars au self. Je prie pour ne pas le croiser. Tout se passe bien. Ouf. Tranquillit\u00e9 et repos. Que je l&#8217;ai m\u00e9rit\u00e9 ce quart d&#8217;heure paisible. Quatorze heures cinq, je remonte. Bref, mais trop bon.<\/p>\n<p>Je m&#8217;assois, mais j&#8217;ai un peu peur qu&#8217;il ne me questionne et me demande o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais. Oui, on pourrait me croire parano. En fait, non. Pas tant que \u00e7a. Alors, je prends du courrier qui traine et l&#8217;emm\u00e8ne \u00e0 la Poste, quinze minutes aller \/ retour, de quoi lui faire oublier que j&#8217;\u00e9tais pas avec lui.<\/p>\n<p>Quatorze heures trente, au moment o\u00f9 je me rassois, il l\u00e8ve les yeux et m&#8217;ach\u00e8ve : &#8220;Alors, t&#8217;as pris un sandwich \u00e0 quoi ?&#8221;.<\/p>\n<p>Merde, merde, merde, putain, j&#8217;ai pas r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 cette question&#8230; Je peux pas lui dire que je suis all\u00e9 manger au self, il va me faire chier&#8230; Je bredouille. Euh. Euh. Non, rien, juste une salade \u00e0 sucer&#8230; euh \u00e0 emporter&#8230; Il me regarde et en plaisantant dit : &#8220;t&#8217;es s\u00fbr que t&#8217;as pas pris un sandwich au jambon pour venir me dire que toi tu pouvais en manger parce que t&#8217;es pas juif&nbsp;?&#8221;.<\/p>\n<p>Ah bah ouais, c&#8217;est s\u00fbr que \u00e7a faisait longtemps que j&#8217;y avais pas eu le droit&#8230; Heureusement qu&#8217;il plaisante.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de moi, Bob le syndicaliste est en train de commander des DVD (sa principale occupation). Arrive un autre de ses copains du syndicat avec qui j&#8217;aime bien faire des blagues nulles : j&#8217;appelle Bob \u00e0 partir de mon t\u00e9l\u00e9phone (alors qu&#8217;un m\u00e8tre nous s\u00e9pare) et je lui demande : &#8220;toi et ton pote vous pouvez pas vous casser, non parce qu&#8217;il parle dr\u00f4lement fort, je peux pas me concentrer&#8221;. C&#8217;est pas fin, mais \u00e7a me fait rire.<\/p>\n<p>En gloussant, je raccroche. Bob, un comique troupier dans l&#8217;\u00e2me, sourit de bon c\u0153ur. Quand son t\u00e9l\u00e9phone sonne de nouveau. Non, j&#8217;y crois pas&nbsp;! En face de moi, Pascal appelle Bob pour refaire la blague.<\/p>\n<p>&#8220;Non, mais vas-y, fais pas la m\u00eame blague quand m\u00eame&nbsp;!&#8221;, je lui dis. Non, c&#8217;est vrai quoi merde&nbsp;! Trouve ton style&nbsp;! Alors il raccroche, penaud.<\/p>\n<p>Et puis quelques secondes plus tard, je le vois trifouiller dans son sac. Je me jette dans la lecture de documents passionnants sur des transistors \u00e0 effet de champs (ce \u00e0 quoi je ne pige rien). Et je le laisse s&#8217;humilier seul.<\/p>\n<p>Alors que personne ne le regarde ni ne l&#8217;\u00e9coute, il vient de s&#8217;appeler avec son portable sur son t\u00e9l\u00e9phone de bureau. Il d\u00e9croche le combin\u00e9 et commence d&#8217;une voix forte puis de plus en plus \u00e9teinte&nbsp;: &#8220;Allo&nbsp;? Non, euh, je ne peux pas vous le passer&#8230;&#8221;. D&#8217;un coin de l&#8217;\u0153il, je le vois qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment l&#8217;appui de quelqu&#8217;un du regard, mais je me refuse \u00e0 le tirer de cet embarras et il raccroche son t\u00e9l\u00e9phone comme si de rien n&#8217;\u00e9tait.<\/p>\n<p>En moi, je jubile. Je l&#8217;ai dit&nbsp;: je suis diabolique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Salaud de Stephan Eicher. T&#8217;as niqu\u00e9 un super titre avec ta chanson pourrie. Enfin&#8230; Je pr\u00e9f\u00e8re pas y penser, tiens. Aujourd&#8217;hui, toute ma matin\u00e9e \u00e9tait d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un unique but : ne pas d\u00e9jeuner avec Pascal. Non parce que \u00e7a va bien, j&#8217;en ai marre. 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