Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Grande braderie sur les soldes

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Je travaille dans un journal – ou plutôt je travaillais, d’ailleurs – dans un journal, donc, axé sur l’audio-vidéo. On testait du matériel, des amplis, des lecteurs CD, des enceintes, des téléviseurs et des tas d’autres trucs du genre. Des choses chères en générales ce qui ne finissait pas de surprendre mes connaissances, indignées qu’il puisse même exister un truc aussi aberrant qu’une platine vinyle à 30 000 euros. Au fil des ans, on a emmagasiné un stock de guerre (plus ou moins) luxueux de produits (plus ou moins intéressants) et souvent en panne.

À l’annonce de la fermeture, il y a eu des grincements de dents : qui allait récupérer quoi ? Car outre le stock de guerre, on avait aussi tout le matériel propre à notre journal : cinq enceintes, deux amplificateurs, un amplificateur home-cinéma, un lecteur de DVD, un lecteur de CD, des câbles à foison, un écran plat et ainsi de suite.

Pascal et moi, qui sommes les plus jeunes de l’équipe, n’avons manifesté qu’un intérêt relatif, ne récupérant pour lui comme pour moi que deux paires de câbles. Bob, détesté par la direction, était censé être triquard, il ne devait rien prendre ni avoir. Mais notre rédacteur en chef l’a convoqué dans le bureau et lui a dit : “Bob, tu fais pas de vagues et tu prends ce que tu veux”.

Il n’a pas fallu une semaine pour qu’entre Bob et le RC, le stock fonde comme neige au soleil. Pour l’un, trois paires d’enceintes, pour l’autre, un lecteur CD haut de gamme ; pour l’un, l’ampli home-cinéma, pour l’autre, tous les câbles ; pour l’un, un amplificateur haut de gamme, pour l’autre, les cinq enceintes de notre auditorium d’écoute…

Entre Noël et jour de l’an, je passe au journal, et là, une bombe avait explosé. Les enceintes étaient poussées au mur, l’écran plat de notre rédaction remballé et quasiment tout le matériel avait disparu.

Ayant promis à un ami de lui faire découvrir nos bureaux, je tente de rebrancher trois conneries, histoire de dire que “si, si, je te jure, y’avait des choses ici, un jour”. Mon rédacteur en chef, le RC, arrive, regarde ce que je fais et m’engueule : “ouais, il fait chier ton pote, blablabla”. Alors, je comprends pas, je dis : “c’est quoi le problème ?”, “le problème, c’est qu’il n’avait qu’à venir plus tôt, maintenant c’est trop tard”. Je lui dis : “tu sais, c’est pas la peine de t’énerver”, “MAIS JE M’ÉNERVE PAS”.

Ok… ok…

Je laisse glisser. De toute façon, j’ai pas bien le choix.

Dans le fond du stock, cependant, je repère un appareil photo antédiluvien. Je demande si quelqu’un le veut ? Pas de réponse, mon rédacteur en chef arrive et fait : “Ah ! Oui ! Ces appareils photos, oui, alors, ça, ahaha, ça servira jamais à personne, faut du 120, c’est à chambre, en plus, personne ne développera ce genre de pellicule, vraiment c’est ob-so-lè-te”.

Alors, je me dis que ça pourrait être marrant et vu que ça ne servira à personne, je m’enquiers : “Et je peux le prendre alors ?”. Que n’avais-je OSÉ demander !

D’abord, Bob arrive et me fait : “ah oui, non, mais ça, c’est acheté par la boîte, c’est dans les comptes, je suis pas vraiment sûr que tu puisses”. Bon… je demande au rédacteur en chef, qui, lui, a priori, sait si on peut les prendre. Et bâm : “Euh… euh… oui“. Je demande : “Non, mais je prive personne en les prenant ? Parce que moi, ça m’amuse mais voilà, quoi”. Là, il me fait : “Mais t’en a pas déjà des appareils photos ?”. “Bah si, mais bon, là, c’est pas vraiment pareil et puis si ça part à la benne, je vois pas qui ça gêne”. Plus de réponse. Bon, je me dis, on va laisser tomber, il le veut mais fait sa mijaurée.

Là-dessus, le jour de l’an passe, je reviens vendredi dernier. Mon RC m’interpelle et me dit : “Pop, tu vois, y’a un ampli, et je voulais savoir si tu le voulais parce que sinon, Bob va le prendre et il s’est déjà gavé”. Je lui dis : “Non, je vois pas trop ce que je pourrais en faire”. Dix minutes après, Bob arrive et m’explique son grand drame : “Tu vois, Pop, y’a un ampli [le même] qui reste et je le veux… seulement, le RC veut pas, parce que je me suis déjà trop servi, alors, j’aimerais que tu le demandes pour toi et je le récupère chez toi un peu plus tard”. Boarf. J’explique que je me suis grillé, mais je tente le coup, je vais voir le RC et je fais : “Alors, en fait, j’avais pas compris, c’est CET ampli que tu veux que je prennes”. Et là, il devient rouge comme une pivoine et me fait : “AH NON ! T’AS DIT QUE TU LE VOULAIS PAS, TU L’AURAS PAS”.

Booooooooooooooon… okaaaaaaaaaaaaayyyyyyyyyy… Je ferme ma gueule, de toute façon, c’est pas pour moi, c’est pour Bob.

Et puis, je bouffe le midi dans nos locaux, et je vois qu’il reste un écran, un chouette écran plat LCD qu’on avait acheté pour tester les lecteurs de Blu-ray. Mon RC est parti, mais je me demande à tous mes collègues si ça dérange si je le prends. Après tout, je vais peut-être avoir ENFIN un truc qui me dit. Le pire, et je fais pas mon Dickens, c’est pour filer à ma grand-mère et remplacer son écran cathodique. Bob donne sa bénédiction, Pascal n’en a que faire, reste à convaincre le super rédacteur en vol, pardon, en chef. Étant parti, je lui laisse un mail demandant s’il est possible de le prendre.

Ce matin, 7h00, réponse de mon rédacteur en chef :

“Le Toshiba étant soumis à une redevance TV au sein de l’entreprise Mondadori, je le conserve pour éviter tout problème”.

J’ai cru que j’allais m’étouffer avec mes corn-flakes. Qu’il refuse, ma foi, c’est pas un scoop, que Mondadori paye la redevance, normal (en plus, c’est une redevance d’entreprise, je crois que c’est plus cher), mais qu’il justifie la conservation du téléviseur en son nom propre parce qu’il veut éviter tout problème, c’est d’abord me prendre pour un con et ensuite me prendre pour un voleur.

Je vous ai dit que j’étais content que ça s’arrête ?

Written by Engagé Baleine

January 11th, 2010 at 9:11 pm

Posted in Employés modèles

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