Vive les vacances (des autres)
Je ne sais pas vraiment si c’est l’arrivée des vacances, mais à J-1 avant le départ de mes collègues en congés, ceux-ci se sont surpassés pour me faire chier. Non pas qu’ils ont eu du mal, je suis ces temps-ci particulièrement soupe au lait à cause de problèmes sentimentaux trop personnels pour que je les expose au bureau.
Je ne parle même pas de mon rédacteur en chef qui m’a saoulé ce matin pour que je débloque un mail coincé dans notre filtre anti-spam et qui était en réalité le nouveau catalogue de Marc Dorcel (véridique). Je ne parle pas non plus de Bob qui a expliqué en arrivant qu’il repartait pour corriger les épreuves du compte-rendu de CE et que ce serait plus facile depuis chez lui.
Non, tout a commencé avec l’arrivée de Laurence vers 10 heures, notre chère maquettiste qui a passé la première partie de la matinée à tailler le bout de gras avec sa directrice artistique se plaignant de ne pas avoir de boulot, à coups de « les rédacteurs n’ont pas écrit de texte, c’est quand même fou, on est là et on a rien à faire, pfff, qu’est-ce qu’on s’emmerde ». Quand on a finalement trouvé un truc à lui faire faire, elle a fait : « rho, pfff, mais ça, c’est pour le mois de février ». Oui, bah au moins, c’est du boulot ! Comme si on allait subitement taper nos textes alors qu’aucun produit à tester n’est arrivé.
Un peu plus tard, elle me dit : « Pop, faut que j’te demande quelque chose. Est-ce que tu peux me fournir du Prozac ? ». Je sais pas vraiment si elle était sérieuse pas plus que je ne comprenais pourquoi elle pensait que j’en aurais, mais je lui demande pourquoi elle en veut. Et elle me répond : « Oh, c’est pour ne pas avoir envie de tuer mes beaux-parents demain ». Je lui explique que c’est très gentil, mais que le Prozac t’en prends pas une fois et zou, ça y est, tu commences à voir la vie en rose ou violet suivant ta couleur préférée et qu’il faut en prendre pendant plusieurs jours pour que ça serve à quelque chose. Ça a été une grosse déception, alors elle s’est remise à chantonner en se plaignant qu’on avait pas encore fait nos textes.
Mais le clou de la journée fut sans nulle doute mon très cher Pascal. Pour comprendre, il faut que je place un peu le contexte, mais je sais qu’on ne comprendra pas les raisons de mon agacement malgré tous les efforts que je pourrais faire pour les faire palper textuellement.
Nous avons lancé un dossier sur douze ou quartoze produits de même catégorie, que j’appellerai des clepsydres en hommage à Fort Boyard. Comme nous sommes quatre rédacteurs, on a dispatché entre nous les gens à contacter. Chacun a donc trois ou quatre clepsydres à trouver soit deux ou trois importateurs / distributeurs à qui téléphoner. Je contacte les miens et Pascal les siens. Au bout de deux heures, j’ai mes trois produits, Pascal me saoule en me demandant à chaque coup de téléphone : « qui donc je dois appeler pour avoir Machin ? Et pour Truc ? ». Ma réponse est invariable : « Regarde dans notre fichiers clients, tu crois que je les connais par cœur ? ». « Ah oui. Pas bête ». Bah oui, c’est pas bête. Pfff.
Bref, c’était la semaine dernière.
Après deux jours d’absence, vendredi et lundi, j’avais laissé deux affaires en cours. Je pensais qu’on m’aurait bêtement prévenu s’il y avait eu des nouvelles. Après tout, j’avais bien eu le droit à un coup de fil à chaque visite au service courrier de la part de Pascal. Et bien sûr, c’est lui qui a réceptionné les deux coups de fil que j’attendais. Mais ça ne devait pas avoir autant d’importance que les frais postaux de mes DVD chez Amazon.
D’un coup, alors que j’explique à mon rédac chef que j’ai essayé de rappeler une personne dont j’attendais le coup de fil, Pascal me dit :
– Ah mais elle a appelé !
– Et elle a dit quoi ?
– Elle a dit que… euh… que le… que les clepsydres, euh… elle a pas de…
– Elle a pas, ou elle peut pas ?
– Non, c’est… euh… elle a… Attends, elle a dit…
Bon, et là, je m’énerve : « Pascal, me saoule pas : tu l’as eu au téléphone, elle a dit qu’on pouvait avoir des clepsydres ou pas ? Ou je la rappelle et je dis que tu m’as passé un message incompréhensible ? ». Je sais que menacer Pascal d’appeler quelqu’un pour lui dire que le message laissé était incompréhensible, ça l’énerve plus que tout. Il y a un mois, dans une situation identique, il était devenu fou à l’idée que je rappelle quelqu’un dont le message avait été « encodé » par l’esprit de Pascal. « Tu vas me faire passer pour un abruti ! » avait-il hurlé en m’arrachant le combiné rajoutant : « attend, je vais me souvenir ».
Et là, c’est la panique, Pascal a laissé tomber ses papiers, s’est assis sur une chaise totalement déstabilisé et l’air perdu : « Attends, laisse-moi réfléchir, attends, je suis… attends ». Et il s’est mis la main dans la tête, dans un mouvement de peur totale. je me suis senti un peu mal de l’avoir foutu si mal à l’aise, mais je pensais pas que ça le perdrait à ce point. Alors je me suis calmé un peu.
– Bon, Pascal, réfléchis. Elle a dit que…
– Elle a dit que…
– Quoi, alors ?
– Que…
– Que les clepsydres seraient disponibles après les vacances de Noël ?
– Oui… oui ! C’est ça, je me rappelle maintenant. Elle a dit que la société fermait pour les vacances et qu’elle pourrait rien faire pour nous avant le 5 janvier.
– Ok… mais elle t’a dit si elle avait des clepsydres disponibles ?
– Euh… Euh… Après le 5 janvier, elle a dit.
Ok, pas la peine d’essayer d’en tirer quoi que ce soit.
Il se rassoit à son bureau. Je lui demande alors pour l’autre importateur qui doit m’amener une autre clepsydre.
– Et Bidule, il passe nous l’amener sa clepsydre ?
– Euh… oui, il a dit qu’il passerait mais il avait l’air de dire qu’il passerait pas cette semaine, mais qu’il passerait après.
– Après le 5 ou avant ?
– Euh… oui, il passera.
– Pascal, je peux l’appeler à ce moment là, ça me dérange pas le moins du monde.
– Euh… euh… oui… il a dit qu’il passerait.
Je l’appelle, le gars voulait passer la semaine prochaine, lundi 27. Quand je raccroche, Pascal me dit : « Ah tu vois j’avais raison ».
Alors, je voyais pas vraiment comment son magma sonore de « euh, euh, euh » pouvait être un symbole de raison, mais j’ai laissé glisser.
Et comme un des importateurs de clepsydre, Ricardo, que Pascal devait appeler ne pouvait pas nous en fournir, on décide avec le rédac’chef d’en appeler un autre, Paolo, et je m’en charge. Histoire pour une fois que ce soit clair.
Je pourrais raconter que Pascal n’a cessé de m’interrompre pour « m’aider » pendant le coup de fil, mais ce serait inutile (quoique super chiant). Toujours est-il que je finis par me mettre d’accord sur une clepsydre avec l’importateur et je raccroche et là, Pascal me dit : « bin dis donc, c’est quand même grâce à moi qu’on a la clepsydre de Paolo ! ».
Alors, là, j’explose une fois de plus :
– Pardon ? Non, mais tu déconnes ? C’est quand même moi qui vient de passer le coup de fil à l’instant, non ?
– Oui mais c’est pour remplacer la clepsydre de Ricardo et c’était mon idée d’appeler Paolo [ça ne l’était pas].
– Putain, mais ta gueule, putain, tu arrêtes de te foutre de ma gueule, maintenant, j’en ai vraiment ras le cul.
Et j’ai pris mes affaires avant de dire : « Bon, je me casse avant d’avoir envie de te péter la gueule ». Il était 16 heures.
Je l’ai dit dès le début que j’étais soupe au lait.
Oh que j’ai envie de le taper. Tu veux pas qu’on se le chope et qu’on le tabasse un de ces soirs ?
krstv
29 Dec 08 at 9:24 pm
C’est pas possible… On peut pas le tabasser…
on peut pas, parce qu’il est juif…
artypop
30 Dec 08 at 1:12 pm