Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Une sensation de redite

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Ouh la. Ça fait une éternité que je ne suis pas venu raconter mes déboires professionnels, m’aperçois-je. Les raisons sont un peu simples : il y a eu moins d’histoires délirantes ou peut-être ai-je fini par m’y habituer et que c’est devenu pour moi tellement normal que je n’arrive plus à me convaincre que ça vaut le coup de les raconter.

En fait, je pense surtout que les situations se répètent.

Par exemple, lundi, j’étais en vacances, et comme toujours quand je suis en vacances, Pascal m’appelle. Message sur le répondeur (j’aurais dû le garder, d’ailleurs) : “Pop [blablabla vacances, blablabla, je veux pas te déranger, blablablabla mais je t’appelle parce que], tu viens de recevoir une lettre au boulot sur laquelle il est écrit ‘Urgent et confidentiel’. Comme c’est confidentiel, je ne l’ai pas ouvert [youpi, un bon point et au troisième tu as le droit à une image], mais j’ai regardé par transparence en plaçant la lettre contre la vitre [???] et je peux te dire qu’à l’intérieur, il y a un papier avec des caractères imprimés dessus [NON ? Déconne ! C’est une LETTRE ! Mééééérde]”.

Donc, oui, oui, c’était mon avance de treizième mois car je suis beaucoup trop dépensier depuis que je suis célibataire, merci Pascal et surtout merci pour cette étonnante constatation qu’une lettre est principalement composée d’un papier avec des caractères imprimés.

Voilà typiquement un truc qui m’aurait fait bondir il y a six mois, mais je me sens totalement épuisé par l’idée même de faire la moindre remarque sur le sujet.

Pour autant, le véritable problème avec Pascal reste ses horaires – encore qu’on a constaté la semaine dernière avec la maquettiste qu’on préférait qu’il arrive tard parce que dès qu’il était là notre productivité se trouvait diminuée de moitié ou plus encore.

Oui, Pascal continue d’arriver – qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau – à onze heures et demie. Son départ le soir ne dépasse bien sûr pas dix-huit heures. Parfois dix-huit heures trente s’il n’a pas fini d’éplucher le forum des fans de Britney Spears, occupation à première vue passionnante.

La semaine dernière, il y avait les fêtes de Pâques, et dans la religion juive, ces fêtes sont très importantes. Je n’y connais pas grand-chose mais, en substance, pendant sept jours, l’alimentation des juifs est limitée (pas d’œufs, pas de céréales et d’autres trucs) avant de tuer l’agneau le samedi avec les autres sur le parvis du Temple à Jérusalem. C’est rapport à Moïse et la sortie d’Egypte ou l’entrée en territoire promis, franchement, j’en sais rien et ça ne m’empêche pas de dormir [edit : je crois me souvenir que c’est en rapport avec une étoile qu’ils ont vue dans le ciel, donc c’était pour aller vers le territoire promis].

Pour Pascal, bien sûr, c’est là une source inépuisable de discussions passionnées sur tous les problèmes et poye poye poye le malheur que c’est d’être juif et tu te rends pas compte comment ma vie est dure.

Comme je trouve ça con comme ses pieds de se faire chier avec une religion qu’on considère férue de traditions obsolètes, je me suis permis de faire remarquer qu’il n’avait qu’à s’en foutre et qu’il fasse bonne figure chez sa môman (oui, il va chez sa môman passer les fêtes juives, môman qu’il appelle une fois par jour du bureau et je vous promets, ça glace le sang quand on entend au téléphone le type d’en face se pencher au sol comme si personne ne le voyait dans l’open-space faire des : “Non, non, NON, maman, NON, ce sera BEAUCOUP plus simple si je prends le train depuis Bézier et que je dors chez le cousin… Bon, et comment va le chat ? Il va bien ? Non, NOOOOOON, je ne veux pas, tu arrêtes maintenant” en hurlant à moitié et quand après avoir raccroché il me cherche du regard pour faire des gros soupirs en disant des trucs comme : “mon frère Jean a encore acheté quinze kilos de saucisses de canard, il dilapide l’héritage familiale avec ses conneries, il avait déjà acheté la semaine dernière quinze kilos de pâtés de canard qu’il a fallu congeler et le congélateur déborde” – véridique, je n’invente rien, même pas les chiffres).

Oups, je me suis égaré. Donc quand je lui ai fait la remarque que, hein, bon, personne l’oblige à faire le gentil juif modèle à Paris loin de sa famille, il m’a expliqué que oui, il était pétri de contradictions, mais c’était comme ça et j’avais rien à dire. Bien sûr, chaque midi à la cantine, j’avais le droit en détail à tout ce qu’il ne pouvait pas manger : “non, là, je peux pas, parce que le bœuf, il est vendu avec une sauce, or, dans la sauce, il y a des céréales, et les céréales, j’ai pas le droit, et en plus, je dois manger du pain azyme et c’est très dur”. “Bah, t’as qu’à demander le bœuf sans sauce”, je réponds. “Oui, non, parce que bon, en fait, j’ai pas envie de bœuf”. Aha, pris la main dans le sac, le Pascal.

Ainsi, chaque jour de la semaine, il arrivait avec son petit tupperware garni de pain azyme et je rigolais intérieurement, parce que d’habitude, il ne mange jamais rien entre les repas donc je me suis convaincu que c’était un signe simplement ostentatoire pour rappeler son appartenance au peuple élu. Je suis mauvais.

Quand le jeudi d’avant le vendredi de Pâque est arrivé, on travaillait tard parce qu’on était très à la bourre et à 19h, il a voulu absolument s’acheter une baguette de pain (pour le lendemain) parce que purée une semaine sans pain, c’était horrible. L’opération lui a pris près d’une demi-heure, et franchement, c’est Issy-les-Moulineaux, c’est pas non plus un bled paumé.

Enfin bref. Revenu avec sa baguette qu’il caressait délicatement en se pourléchant les babines d’avance, Pascal a réussi à finir le journal en temps et en heure (après avoir pas mal merdé sur un dossier qui parlait d’amplificateurs audio-vidéo (oui, ras le bol d’inventer des trucs stupides) pour lequel en deux semaines il avait réussi à en commander un appareil sur six et celui-ci, on l’avait déjà testé un mois avant, clap, clap, un peu plus tard alors qu’il se félicitait de son dossier : “je me suis bien débrouillé”, je lui ai rappelé l’épisode humiliant du produit déjà testé et il s’est contenté d’un “bon, oui, là, j’ai merdé”) et est parti le lendemain chez sa môman, en Lorraine, jusqu’au mercredi suivant.

Le jour qui précédait son départ en terre sainte, nous étions tous au bureau (la maquettiste, Pascal, Bob, le syndicaliste, et moi) quand le rédacteur en chef arrive et fait une remarque sur le fait qu’on est à la bourre et qu’il faudrait un peu se dépêcher. Alors, Pascal s’insurge comme quoi s’il n’a pas fini son travail, c’est la faute à Bob parce qu’il doit écouter un produit avec Bob et que Bob traîne à le mettre en œuvre. Et il conclut devant tous le monde : “de toutes façons, Bob, avec ses horaires, c’est normal que la revue soit à la bourre”. Paille, poutre, œil du voisin, je fais pas de dessin, mais nous étions tous estomaqués par l’arrogance de Pascal qui jugeait les horaires de Bob inadmissibles.

Donc, quand le jeudi de la semaine suivant arrive, Pascal devait revenir. Onze heures, pas de Pascal. Onze heures trente, pas de Pascal. Mon rédacteur en chef sort la tête de son bureau :

– Pascal devait pas revenir aujourd’hui ?
– Bah, si, je crois, je réponds.
– Et ?
– Et quoi ?
– Et il est où ?
– Bah je sais pas.
– Mais il est 11h40 ?
– Ah oui, mais ça, c’est rien : il a juste dix minutes de retard.

La maquettiste et moi, nous pouffons de rire, et le RC fait : “oui, mais quand même 11h40”.

Pascal arrive alors, installe son Mac et retourne dare-dare sur les forums de Britney Spears. Il est midi, il est arrivé depuis vingt minutes, je pars manger avec la maquettiste et j’essaie de faire en sorte que Pascal ne nous suive pas, parce que bon, il vient d’arriver, il peut peut-être garder le bureau pendant qu’on va manger, me dis-je. Disons plutôt, ça me paraît tomber sous le sens. On descend et on s’installe à une table, quand par la fenêtre, je vois Pascal avec son plateau et il arrive : “ah, j’ai eu du mal à vous trouver !”.

Le soir même, il partait à 18h00 parce que “le Blu-ray du Bon, la brute et le truand sort aujourd’hui et j’ai pas l’intention de le manquer”.

Snif.

Written by Engagé Baleine

May 2nd, 2009 at 12:02 pm

Posted in Jour par jour

2 Responses to 'Une sensation de redite'

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  1. Kill him, kill him !

    krstv

    2 May 09 at 4:23 pm

  2. Tu crois qu’j’peux, dis, tu crois qu’j’peux ?

    artypop

    2 May 09 at 6:37 pm

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