Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Décidément, je n’apprends rien

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Parce que c’était mon jour de retour au boulot après une bonne semaine de vacances – dont je n’étais pas forcément heureux dans le sens où je n’ai à peu près rien fait de ce que j’avais l’intention de faire, mais satisfait dans la mesure où je me suis quand même bien reposé à picoler des coups avec les potes -, je me suis dit que j’allais faire bonne figure et ne pas trop me foutre de la gueule de Pascal. Certes, il est arrivé à onze heures, mais vu que je suis arrivé à dix heures, je vais pas dire trop de mal (pour une fois).

Non, les choses se passaient plutôt bien quand il a été question de travail. Comme personne n’avait dit qui devait faire quoi (un classique), j’avais pris la décision de répartir le travail. Et Pascal regardant la feuille de répartition vite fait me dit : “en tout cas, faudra pas m’en donner plus à faire : j’ai quatre trois pages, c’est déjà beaucoup”. Oui, enfin, tu viens de passer la dernière semaine à rédiger un texte d’une page sur une radio merdique internet, alors bon, je suis pas sûr que la ramener soit d’une grande finesse. S’ensuit une discussion enfiévrée entre lui et moi dont les grandes lignes furent : (moi) “y’a pas de limite aux articles à écrire, faut bien remplir le magazine”, (lui) “oui, mais quand même, c’est le max que je peux”, (moi) “non, mais moi, je fais les photos des appareils [et c’est chiant, faut les démonter faire des photos de détails, ça prend un temps dingue, en vrai, même si on essaie de torcher le truc]”, “non, mais je veux dire que là, c’est la limite de ce que je peux faire en restant dans des proportions normales de boulot”, “et bien tu arriveras avant 11 heures, comme ça”. Du classique.

Quoi qu’il en soit, j’avais proposé à Bob de venir manger à la pizzeria avec moi (et là, on pourrait se dire que j’y mange souvent, mais en fait, non, pas si souvent, c’est juste que c’était mon retour et je trouvais ça sympa, et puis, merde à la fin, vous allez pas m’emmerder vous non plus quand même ! Je fais un poids parfait, même si je me trouve un peu bouboule en ce moment).

Donc, au départ, Pascal est sur le carreau, pas invité, et puis en plus il venait de me saouler. Mais comme il paraissait difficile d’échapper à sa présence, je lui ai dit : “on va à la pizzeria, tu veux venir ?”, “euh… j’ai pris du poids”, a-t-il répondu. Et il continue : “je fais quatre-vingt cinq kilos et c’est le poids que je m’étais promis de ne jamais atteindre. “Et bien, ne viens pas”, j’ai dit. “Non, je vais venir pour toi“. Est-ce bien la peine ?, j’ai des doutes. Notons qu’un peu avant, Pascal avait noté alors que je me levais l’usure de mon jean vers l’entrecuisse (ce qui me paraît encore maintenant un peu suspect).

Nous voici sur le chemin de la pizzeria, on s’installe, on commande des trucs, et puis bien sûr, on parle cinéma et Pascal est très calé en cinéma. Après, Pascal a parlé de Dylan qui trouvait que Sarkozy lui ressemblait et Pascal est très calé en Dylan (et probablement en Sarkozy aussi). Ensuite, j’ai parlé de mes cours d’histoire de l’art au Louvre – parce que mon cours était le soir même – et que j’aimais pas trop la période XVII et XVIIIème qu’on voyait en ce moment. Là, en peinture tout ça, il est moins calé, mais ça l’ennuie un peu, alors il essaie de rapporter ça à un domaine qu’il maîtrise, la littérature en conséquence. De mémoire j’ai commencé par “la semaine dernière, c’était sur les peintures mythologiques et d’histoires et les scènes de genre.

– Et puis la littérature aussi. Parce que, comme le disait La Fontaine…
– Non, ils n’ont pas parlé de peinture inspirée par la littérature de l’époque mais par contre des peintures issues des sources classiques.
– Oui, Ovide, Ulysse.
– Voilà.
– Mais, le XVII et le XVIIIème, c’est aussi toute la période des peintures qui, euh…, qui… font appel à la littérature comme source.
– Non, mais puisque je te dis qu’on ne nous a pas parlé de ça, insistais-je.
– Par exemple…

Et puis Bob l’interrompt pour faire une remarque à mon sens un peu bénigne : “Oui, Pascal, tu es très intelligent, on le sait, mais…”.

Et là, vous savez, c’est comme quand un flipper tilte : Pascal est devenu tout rouge, il a commencé par parler fort : “Bob, BOB, BOB” et ensuite, il s’est mis à faire claquer ses mains de plus en plus fort à la manière d’un père de famille qui veut engueuler son fils en faisant du bruit pour l’impressionner. Moi, je me suis arrêté de parler et puis Bob s’est tu aussi.. Alors, Pascal a stoppé son claquement de mains et s’est lancé :

Oui, tu arrêtes maintenant, je suis sérieux. Tu arrêtes de toujours faire des blagues sur mon intelligence. Oui, je sais, je suis comme ça, je n’y peux rien, j’ai été élevé comme ça, j’en ai souffert toute ma vie d’être comme ça, j’ai passé ma jeunesse à avoir les meilleures notes parce que c’était la seule forme de communication avec mon père. Mon père ne manifestait pas la moindre émotion, les seules moment où c’était possible de parler avec lui, c’était quand je ramenais le bulletin scolaire et il se devait d’être parfait, et j’ai jamais pu de ma vie exprimer cela avec lui et je ne pourrai jamais le faire.

Autant le dire, ça a jeté un froid terrible à notre table.

J’ai enchaîné avec un “oui, les sources classiques, blablabla”, il s’est calmé et a continué avec “bien sûr, Racine d’ailleurs…” et on l’a laissé nous saoulé.

En sortant, il s’approche de moi et me glisse : “mon frère est retourné chez ma mère. Il était rentré à Paris, mais il n’est resté que deux jours et je me fais du souci pour ma mère parce qu’à chaque fois que mon frère est là-bas il fait acheter beaucoup trop de bouffe et ma mère boit avec lui parce qu’il picole pas mal et ma mère a pris beaucoup de poids, ça m’inquiète, tu comprends” et j’avais qu’une envie c’était de courir très loin de lui en hurlant “AU FOU !!!!!”

Written by Engagé Baleine

May 4th, 2009 at 10:58 pm

Posted in Jour par jour

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