Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Pointage à l’usine

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La semaine dernière, j’ai dû partir assez tôt vendredi pour aller aider ma mère qui comptait amener des pulls et des anoraks à des enfants du Burkina Faso. Je n’ai pas bien compris en quoi cela pourrait leur être utile, mais j’ai été un gentil garçon et suis parti la rejoindre à 15 heures et j’ai donc dû quitter en avance mon poste de travail. Pour compenser, j’étais arrivé à 7 h et avait sauté le repas du midi.

Le matin même on annonçait à notre SR / maquettiste que son matériel informatique était trop obsolète pour la faire passer au chemin de fer électronique. Une grande victoire pour elle.

Pascal arriva à 10h30, soit une demi-heure plus tôt que la veille (oui, car la veille, Pascal avait rendez-vous avec son comportementaliste et était arrivé à 11 h 00 pour repartir le soir avec moi – par la ligne 12, bien sûr – à 18 h 15 ce qui m’avait un peu exaspéré parce que j’étais arrivé à 8 h de mon côté). Quand à 13 h 15, et après m’avoir montré son scanner du nez en animation 3D, son estomac ne pouvait plus attendre, il me regarda l’air inquiet : « on va déjeuner ? ». Je lui réponds que « non, je dois partir aider ma mère » et que je « vais me tirer à 14 h ». J’aurais dû m’en douter, un nouveau psychodrame se mit en place.

– Comment ? Mais tu m’as pas prévenu ?
– Et alors ? Pourquoi faudrait-il que je te prévienne ?
– Mais, du coup, tu prends ton après-midi en RTT ?

Là, j’ai cru que mon fulguropoing allait s’écraser sur son faciès rance, mais je n’en fis rien dans un magistral contrôle de moi-même. « Non, je suis venu en avance hier et ce matin, je ne compte pas prendre de demi-RTT pour ça », ai-je juste répondu.

Cependant, mes oreilles chauffaient toutes seules. Soudain, le rédac’chef sortit de son bureau et décida qu’il était le moment de faire un bilan de ce qu’il y avait à faire. Scoop : Pascal est à la bourre. Et sévère. Alors, il compte le nombre d’articles qu’il a à écrire et il dit : « ah mais ouais, mais j’ai la moitié d’un article de plus à faire que Pop, c’est normal, et puis, moi, je prends pas mes après-midi ».

Trop, c’est trop. Grinçant des dents comme jamais, je le repris : « dis, tes critiques, tu te les gardes, parce que c’est pas tout à fait comme si tes horaires étaient normaux hein ».

Alors, il était tout mécontent et il a maugréé qu’il avait des articles à écrire alors que moi, j’avais tout fini et que c’était trop injuste et qu’il pensait qu’un article qu’il devait écrire allait sauter parce que le matériel n’était toujours pas arrivé et que bouh bouh bouh, le rédac’chef venait de dire que si, si, le produit arrivait et qu’on le testait comme prévu et que lui, il avait prévu de pas le faire même si c’était écrit qu’il devait le faire et que je pouvais peut-être le faire à sa place, vu que j’étais en avance.

J’avais la tête prête à exploser, j’en revenais pas de sa mauvaise foi sidérante et calculée, car il est évident qu’il sait très bien que non seulement sa présence au bureau par jour ne dépasse pas les sept heures les bons jours et que de surcroît, il passe la majorité de son temps sur Internet au lieu de bosser, feignant occasionnellement de te poser une question à laquelle il faut répondre dans la minute, parce que « tu comprends, c’est pour le boulot ». Du coup, l’envie de le décharger ne serait-ce que d’une ligne me semblait tout à fait insupportable.

J’ai alors ouvert un classeur Excel et en quelques secondes, j’ai fait un tableau de présence où lui et moi devons écrire nos horaires d’arrivée et de départ. Ouais, je vais le faire pointer, moi, ça va pas faire un pli.

– C’est très simple, Pascal, la semaine prochaine, on note nos horaires, et on va voir celui qui a le plus de présence – je dis même pas de travail, juste de présence – dans les locaux.
– On peut pas commencer cette après-midi, puisque tu « t’absentes du bureau ».

Là, je me suis pété deux dents à force de serrer la mâchoire.

J’ai imprimé la feuille et l’ai collée sur la porte d’entrée de notre bureau. Premier jour : ce lundi ; dernier jour : vendredi. Je savais très bien que ce faisant, chatouillé dans son orgueil, il serait incapable de continuer à conserver ses horaires laxistes.

Et ça n’a pas raté : aujourd’hui, il est arrivé à 10h05, première fois en deux mois, et il s’est précipité sur la feuille pour l’écrire.

Certes, ça m’a soulagé de le faire chier, mais bon, le truc, c’est que c’est pas du win-win, parce que quand il est là, ce n’est même plus la peine d’essayer de travailler.

Par exemple, aujourd’hui, il m’a cité l’intégralité des bonus de Frangins malgré eux qu’il venait de recevoir en Blu-ray, film qu’il m’avait dit avoir peu apprécié à sa sortie. Mais il avait révisé son jugement deux jours plus tard quand, après l’avoir vu moi-même, je lui disais l’avoir bien aimé. « Non, mais quand j’ai dit qu’il était pas bien, je voulais dire que je l’avais trouvé génial, mais je pensais que toi, Pop, tu ne l’aimerais pas ».

C’est ça. Allez, ta gueule. Tu t’enfonces.

Written by Engagé Baleine

December 8th, 2008 at 11:48 pm

Posted in Jour par jour

6 Responses to 'Pointage à l’usine'

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  1. Ho. Mon. Dieu.

    Et moi qui croyais qu’en tant que fonctionnaire j’avais droit à la fine fleur du dessus du panier de ce qu’il se fait de mieux en collègues “un peu différents”… Mais non, le public, encore une fois, n’arrive pas à la cheville du privé. Chapeau bas.

    David

    9 Dec 08 at 8:28 pm

  2. Ta vie (professionnelle) est un cauchemar.
    Tu ne te bouffes pas les couilles tous les jours de l’avoir “pistonnée” ?

    Seb*

    10 Dec 08 at 1:00 pm

  3. Seb > Si j’avais des couilles seulement…

    artypop

    10 Dec 08 at 1:48 pm

  4. Alors surtout NE RIGOLE PAS mais cette nuit j’ai rêvé que je me faisais embaucher comme SR chez vous et qu’on se retrouvait à bosser à trois dans le même bureau. Pascal avait un visage poupin assez flasque, les cheveux blond bouclé, un t-shirt blanc échancré dans le style de ce que porte Johnny Borell sur scène, et je l’ai baffé au bout de 10 ou 15 minutes.

    Tout ça pour dire que je ne commente jamais mais que je lis tout et qu’on dirait bien que ça commence à me traumatiser. Reçois toute ma sympathie dans l’épreuve quotidienne qui est la tienne.

    dpc

    10 Dec 08 at 2:50 pm

  5. (J’adore !!!)
    Mais ce garçon est fou dingue de toi !
    Bien sûr que tu aurais dû “pencher pour la [première] option” !

    cork

    11 Dec 08 at 12:24 am

  6. dpc > Enorme ! Alors, si je pensais que j’allais faire flipper au point d’en faire un cauchemar !

    cork > Ok. Il est temps de révéler son véritable visage, j’ai une annonce, il y aura sa photo sur ce beulogue aujourd’hui à 15 heures jusqu’à 16 heures.

    artypop

    11 Dec 08 at 9:31 am

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