Une journée bien ordinaire
– Enfin en tout cas, je suis content d’en avoir fini avec mon opération des sinus. Depuis, je dors enfin normalement et c’était surtout pour ça que j’arrivais en retard chaque matin, parce qu’avec les narines bouchées, je dormais mal. D’ailleurs, la semaine dernière, j’ai pris un Vélib’ pour aller au cinéma. Et pour la première fois depuis presque le début de ma vie, j’ai pu faire du Vélib’ sans respirer par la bouche et je peux te dire que ça fait une sacré différence.
Dire que je baille à la suite des grandes aventures des sinus de Pascal (bientôt le tome 2 en librairie, commande-le tout de suite et bénéficie d’un Stérimar gratuit), ce serait faire honneur à la discussion de notre super maquettiste / première SR qui continue de m’expliquer – dans les intervalles de temps où Pascal respire (tiens-toi bien) par le nez pour gonfler ses poumons d’air frais – que le parti socialiste « merci bien, hein », que Ségolène « c’est une conne », que Martine Aubry « peut sauver le parti », que « tiens, le sudoku du 20 Minutes est drôlement difficile cette semaine ».
Il faut dire qu’elle est sacrément énervée la maquettiste / première SR : on vient de lui apprendre qu’elle va devoir faire le chemin de fer directement sur le réseau et cesser de réaliser des versions locales qu’elle imprimait sur du A3 avant de traverser une multitude de couloirs pour les amener à la fabrication.
– Tu comprends, Laurence, grâce au chemin de fer électronique, on va gagner du temps, lui a dit le rédac’chef.
– Comment ça ? Ça va rien changer, enfin, si, ça va être plus chiant à faire, et en plus, c’est con, parce que de toute façon, je le fais toujours à la dernière minute le chemin de fer, parce qu’il faut que la pub me donne son chemin de fer et la pub, elle le finit toujours la veille du bouclage, alors de toute façon, ça va rien changer, et pfff, franchement, je préférerais qu’on me paie une formation à inDesign, mais ça, non, y’a que Mia qui a eu le droit à la formation inDesign, mais moi, on veut toujours que je la fasse pendant les bouclages, alors, je peux pas la faire et quand on sera vendu, je serai au chômage et personne ne voudra de moi.
– Ok, Laurence, mais bon, il va quand même falloir passer au chemin de fer électronique.
Heureusement que le journal est fini. C’est plus facile de faire abstraction du bordel ambiant quand on ne doit pas écrire des textes.
– Bon, en fait, Pop, faut que je te dise : si je te parle de mon opération des sinus, c’est en fait parce que, grâce à ça, je serai moins malade cette hiver, j’aurai moins de grippes et d’angines et du coup, j’aurai moins d’arrêts maladie.
– Et ?
– Et je pourrai mieux travailler.
Ah bah oui, vu comme ça, tout à fait d’accord : il fallait absolument me raconter tous les détails.
Pascal. Je croyais qu’avec mon récent déménagement j’allais rentrer dorénavant seul. Car avant, je prenais la ligne 8 du métro, la même ligne que Pascal, et bien que j’arrivais deux à trois heures avant lui le matin, il rentrait systématiquement (ou presque) avec moi le soir. Rien de bien surprenant, c’était assez logique, même si ça pouvait m’exaspérer de le voir partir si tôt alors qu’il était arrivé si tard.
Maintenant, j’habite à Montparnasse, sur la ligne 12. Donc, Pascal sur la 8, moi sur la 12 : plus aucune chance de prendre le métro avec lui. Sauf que… depuis que j’ai changé d’itinéraire, Pascal a décidé qu’il était plus pratique de prendre lui aussi la 12. Alors que non, c’est pas du tout le cas. Le problème, je pense, c’est que je suis un asocial : après huit heures passées à écouter la même personne me parler de ses narines, j’aspire à une tranquillité chèrement gagnée.
Hier, au moment où je range mes affaires, je vois Pascal faire de même. Ok, on a fini le bouclage, donc les horaires sont bien plus souples. Je me prépare et il me dit : « Tu prends la 12 ? ». Bah oui, comme tous les soirs. « Moi aussi », répond-t-il, « car je vais au Virgin des Champs-Élysée ». Bon, là, je cogite deux secondes : depuis notre lieu de travail, pour aller au Virgin, le mieux, c’est la ligne 8 jusqu’à Concorde, puis la ligne 1 jusqu’à Franklin Roosevelt. C’est l’évidence. Mais bon, je dis trop rien. Je sais pas bien, y’a peut-être un raccourci qui m’échappe.
Dans le métro, je lui dis que je m’arrête à Pasteur. Et il me répond qu’il s’arrête à Concorde pour prendre la 1. Il y a quatorze stations pour arriver à Concorde en prenant la 12, il y en a neuf avec la 8. Si je comprends bien, il s’est donc tapé six stations supplémentaires pour rester dix minutes de plus avec moi ? Ça me parait dingue.
En fait, je ne vois que deux cas où je me ferais chier à faire un détour aussi long pour si peu de temps supplémentaire avec quelqu’un et il me semble que c’est assez universel. Premier cas : je n’ai pas vu la personne depuis longtemps et c’est l’occasion de rester encore en sa compagnie, donc c’est cool. Second cas : j’ai des vues sur la personne en question et je suis prêt à faire un détour pour passer du temps avec elle et lui donner l’impression que je suis un gars cool et tiens voilà mon numéro, appelle-moi, je cherche du sexe facile.
Alors pourquoi ? Bon sang… Pourquoi ?
Soit Pascal me ment quand il me soutient qu’il est hétéro (et sa passion pour les gros seins ne ferait pas grand sens, mais ça expliquerait peut-être pourquoi il m’a appelé l’autre jour alors qu’il était en conférence de presse pour me dire qu’il avait vu la couleur de mon caleçon – alors que moi-même, je n’avais pas la moindre idée de celui que je portais – avant d’ajouter que d’ailleurs, il trouvait que j’avais pris du bide – et franchement, je suis loin de ses 85 kilos), soit je suis tellement passionnant que travailler avec moi ne suffit pas à épuiser la joie que procure ma présence.
Je vais pencher pour la seconde option.
Troisième option : c’est un gros loser qui cherche à se faire des amis.
krstv
20 Nov 08 at 11:36 am
krstv > Naaaaan… c’est plutôt parce que je suis passionnant et génial…
artypop
20 Nov 08 at 12:55 pm