Archive for the ‘Expérience’ Category
Une amitié particulière
Alors comme ça les choses ont repris leur cours assez tranquillement. Aujourd’hui, on est en bouclage et franchement, ça dépote du texte à tire-larigot. J’ai l’impression de passer mes journées devant un clavier à taper… Non… Attends… Mais c’est exactement ce que je fais ! Je PASSE toutes mes journées devant un clavier à taper. Et la semaine dernière, par contre, j’ai bougé mon cul. Ouaip. Je suis allé fricoter du côté de l’Angleterre, pas loin de Bath pour visiter une usine. Rien de très captivant en somme, mais c’est toujours sympa de sortir du bureau.
Enfin bref. Arrive donc le moment où j’entre dans le train, je dis à mes concurrents et néanmoins amis “bonjour, bonjour, ah, Machin ! Comment ça va, dis donc ! Alors, dis oh, t’as pris du poids”. Et blablablabla. On discute, on papote, on a deux heures et demi de train puis deux heures encore après. Et bien sûr, c’est inéluctable, à un moment, la discussion arrive sur Pascal qui a fait un voyage de presse avec eux il y a peu.
On m’explique que l’un d’eux se mettait derrière Pascal pendant le voyage et mimait de tourner un interrupteur en disant aux autres : “Mais comment on l’arrête ?”.
Et là. LÀ. J’ai eu droit à une révélation de la plus haute importance qui m’a jeté dans un désarroi total.
“Pop”, me dit l’un d’eux, “au fait… tu connais la rumeur qui court sur toi dans la profession”.
La profession, c’est environ vingt personnes. On en a vite fait le tour.
“Bah… non”, je réponds.
Et l’autre : “Alors, il se raconte que toi et Pascal vous êtes ensemble”.
Non. Attends. Là, je le réécris.
On me prête une relation de concubinage avec Pascal.
Je n’ose y croire. Je m’y refuse. MOI avec PASCAL ? Non mais oh ! Tu m’as bien vu ? Je mérite un peu mieux que ce miteux, là ! Je me tape pas des cas sociaux, je baise pas avec des puceaux de trente-cinq balais, monsieur.
J’ai explosé de rire. J’ai expliqué que “non”. Un peu plus tard, pendant un repas dans le train, mon pote fait : “Ah au fait, Pop, vas-y, dis-leur”. “Quoi ?”, font les autres. “Bah, je sais pas d’où ça sort, mais je me tape pas Pascal”.
Et là… Mon Dieu.
Et là… Les autres me regardent et me font : “Ah mais tu sais, ce que tu fais en dehors du boulot, ça nous regarde pas”.
J’ai ri, j’ai fait : “ahahah”, j’ai fait semblant d’en avoir rien à foutre et j’ai fini ma vodka pomme et j’ai sombré dans un coma éthylique pour toujours.
Gros melon
Depuis des années maintenant, on nous tanne qu’il faut faire un site Internet. Oui, on n’en a pas. Mais comme notre lectorat est post-centenaire et qu’il n’a pas d’accès au Web, c’est pas vraiment la peine de se casser le cul.
Mon rédacteur en chef, qui comprend l’informatique aussi bien qu’une poule peut expliquer le principe de l’ovulation d’un œuf, nous a demandé de plancher, Pascal et moi, sur le projet. Avec une mention particulière : comme c’est pour internet, il faut qu’on fasse des tests de produits informatiques. Ce qui n’a évidemment aucun sens.
Comme je ne connais un peu ma boîte maintenant, j’ai gentiment laissé pisser l’idée (“ouais, ouais, on va y réfléchir”, et pis, j’ai fait autre chose), mais Pascal s’est piqué du truc.
Quand je dis qu’il s’est piqué, on va plutôt dire “piquouzé”. Il a fait un powerpoint de quinze pages écrit en Times New Roman en taille 20 pts et chaque page avait le droit à : “Projet Site Internet – Brouilllon – Pascal – Juin 2009”. Il l’a imprimé je ne sais combien de fois et il l’a passé à tout le monde, depuis le rédacteur en chef, moi, mes collègues, l’assistante de pub, la chef de pub, etc. Tous sauf la maquettiste. Qui l’a très mal pris.
“Tu comprends, Pop, moi, j’avais d’excellentes idées pour le site internet, mais puisque Pascal n’a pas voulu me faire part de son projet, j’ai décidé que je les garderai pour moi”, m’a-t-elle dit. Le monde en serait pourtant changé à jamais.
Donc, Pascal, traversait les couloirs avec une énergie inhabituelle expliquant son projet à n’importe qui.
Avant de continuer, il faut voir que Pascal à ses débuts arrivait à 9h30, me demandait toutes les cinq minutes s’il y avait quelque chose à faire et avait une grande passion pour la cantine parce qu’il y a deux côtés, l’un un peu cher qui s’appelle “Santé Saveur” et l’autre plus popu qui n’a (à ma connaissance) pas de nom. C’est la même entreprise qui détient les deux restaurants et le plus cher bénéficie de plus de calme et de plats plus sophistiqués. Mais pour Pascal, le “Santé Saveur”, c’était le restaurant des cadres et celui en face, c’était le restaurant des employés. Du coup, il ne voulait jamais manger chez les “employés”. Et puis, il a compris.
Voilà donc qu’hier, il y avait une réunion pour le site internet avec la grande chef de notre pôle. Réunion où était conviée notre rédac chef, la directrice de pub et c’est tout. Alors Pascal a fait le gros forcing pour participer à la réunion. J’avais pas vu le subtil changement d’attitude, mais le matin de la réunion, Pascal est arrivé très affairé aux alentours de midi, et personne ne lui a rien dit. Il a sorti son Mac, m’a fait un update de toutes les infos de la presse que je connaissais déjà, m’a rebalancé ses avis très très intéressants sur la liste anti-sioniste de Dieudonné (oui, parce que, un jour, j’ai eu le courage de dire que j’avais beaucoup ri en regardant “Le divorce de Patrick” – c’était bien avant les polémiques – et depuis, je suis catalogué par Pascal comme supporter de tout ce que fait Dieudonné). Et je me suis tiré en conf de presse (toujours cool, c’était Apple pour me présenter Garage Band, je suis reparti avec iLife 09 et iWorks 09).
À 17 heures, j’ai un coup de fil de Pascal que mon répondeur prend.
[audio:conversation_1.mp3]Alors d’abord, il me demande de ramener un truc pour le rédac chef, rédac chef qui me l’avait déjà dit, bien sûr. Je me dis, tiens c’est quoi cet air de petit chef. Et le côté narquois dans sa voix sur “mon projet qui a été le plus discuté” m’intriguait aussi. J’en parle avec Bob, il semble qu’en effet, Pascal prend le melon.
Et ce matin, il arrive (11h54), nous étions quatre dans le bureau et il n’a dit “bonjour” à personne.
J’ai hâte de voir la suite.
Changement d’adresse
Ce blog va changer de répertoire pour des raisons de confidentialité.
Ceux qui veulent lire les prochaines mises à jour devront à nouveau m’envoyer un mail à artypop [chez] me [poing] com.
Enough
Jeudi, j’ai fini par envoyer un mail à Pascal. Très modéré, je trouve. Mais il a eu l’effet escompté, ou presque : il ne vient plus manger avec moi le midi. Sauf que ça me donne l’impression d’être un affreux connard. C’est dingue, ça.
Pascal,
tu vas arriver d’ici quelques minutes et là, j’en ai marre, comme j’arrive pas à dire ce que j’ai à te dire, je vais te l’écrire, n’est-ce pas ?
Tes horaires sont une insulte aux gens qui travaillent avec toi.
Franchement, là, j’en ai plus que ras le bol, et aucune excuse ne peut justifier ton attitude. Même si tu m’assures que ce n’est pas du foutage de gueule, c’est du foutage de gueule.
Juste hier : arrivée à 11h15 et tu repars à 17h45. Désolé, mais même avec toute la bonne volonté du monde, ça reste inadmissible.
Si encore tu ne te plaignais pas dès qu’on te demande de faire quelque chose, ce serait supportable, mais là, tu me fous juste en rogne minute après minute.
Sache aussi que quand tu dois aller te faire faire une opération pour les sinus ou quoi que ce soit d’ailleurs : tu DOIS prendre un jour de congé. Allez chez le médecin une matinée N’EST PAS une raison d’absence “gratuite”.
Pour finir, je suis navré d’être mieux payé que toi alors que tu as fait l’ENS (ça va, je crois que j’ai compris), mais cherche ailleurs, va trouver mieux ! Rien ne t’en empêche et ta mauvaise volonté m’affecte énormément.
J’ai tout tenté : être sympa, te demander gentiment, mais rien n’y fait.
Alors, là, c’est simple, je craque. Si c’est ton but, c’est réussi, mais ne te surprends pas que je fasse tout pour t’éviter ou pour
manger avec toi, actuellement ta nonchalance et ton sentiment “d’être dans ton bon droit” me coupe l’appétit.
J’envoie ça, sans relire, quelques minutes avant que tu arrives, nous ferons bien quand tu le liras.
Mais là, je te jure, rester ton pote est au-dessus de mes forces.
Arrivé à 11h15, il n’a lu ce mail qu’à 13h. Il m’a juste dit : “je ne t’ai jamais reproché de gagner plus d’argent que moi”. Et la discussion s’est arrêtée là.
Retour difficile
Mon rédacteur en chef est un adepte du “yaka” et du “issufy”.
Dans la théorie, tous les mois quand on commence un dossier il sort de son bureau pour venir dans notre open space (les deux pièces sont sont séparées d’une porte) et nous dit :”bon on va faire un dossier sur les ampoules électriques”. Alors comme on est poli on dit que oui ralala très bonne idée, c’est vrai qu’on en fait un que tous les trois mois et alors il décide qu’il faut faire une reunion puis il retourne dans son bureau. Le lendemain, on va le voir timidement et on souffle “rapport au dossier parce qu’on boucle dans deux semaines, euh, j’veux dire, on la fait la réunion”.
Alors, il se lève et il fait “oui oui, bien sûr”. Et ça s’arrête là.
Au bout de trois jours, on va le voir et on lui dit : “Bon, on va faire la réunion”. “Ah ! Super !”, il répond.
Alors, on va dans une pièce et on commence la réunion. Invariablement, il s’installe et dit en regardant ses petits papiers :
– Bon on va faire un dossier, alors y’a déjà quatre ampoules qui sont arrivées, y’en a des rouges, des jaunes et des bleues, c’est pas vraiment les mêmes, mais on s’en fout, et puis, il en faudrait hum… Je sais pas au moins une dizaine d’autres.
– Euh, tu sais qu’on a pas la place pour un si gros dossier.
– Oui, mais c’est politique, faut pas qu’une marque manque.
– Bon, mais, heu. D’accord, alors on appelle qui ?
– Bin, yaka faire comme d’habitude, on appelle tout le monde.
Et puis, là, il se retourne et fait : “Putain, ça, c’était une bonne réunion” et il se lève pour partir. Moi, je m’énerve, je l’arrête et bon, je fais : “nan nan nan nan nan, c’est pas une réunion, ça, on a rien décidé du tout”.
Alors, je deviens un genre de chef de substitution : “Quelles sont les marques qu’on doit appeler ?”, “Qui s’en occupe ?”. Mes deux autres supers collègues (hors le chef qui est parti répondre à son téléphone) regardent avec une attention soudaine leurs chaussures, genre, j’y suis pas, mais comme on est que trois sans le chef c’est pas vraiment facile.
Au bout d’un moment, ça commence à me gonfler sévère alors, je dis : “toi, tu fais ça, ça, ça et toi, tu fais ça, ça, ça, et moi je fais les soixante autres” (parce que je m’en donne toujours plus que les autres sinon j’ai l’impression d’être malhonnête). Je demande après si ça va. Et là, mon rédacteur en chef – qui est revenu – dit : “bah ouais, yaka appeler et issufi de demander les ampoules qui sont autour du même prix que les quatre qu’on a déjà”.
Alors, je me retourne et je dis : “et c’est quoi le prix des quatre ampoules qu’on a déjà ?”. Et là, il répond :
– Bah, yaka appeler pour demander.
– Nan, mais bon, pour les avoir, ces ampoules, tu as déjà appeler, t’as pas les prix.
– Bah, nan, j’ai pas pensé.
Ok, ok, zen, Pop. Je vais appeler pour demander les prix. Bon, mais là, on en a que quatre, comment on dispatche pour trouver les autres. Alors, là, le rédac chef reprend invariablement le même refrain : “bah, ouais, fastoche, yaka regarder ce qu’on a fait l’autre fois”. Et là, je craque, je note tout sur une feuille et je dis : “bon, la réunion est finie”. Et pendant une heure, j’appelle tout le monde à la place de mes collègues qui pour les uns commandent des DVD, pour les autres répondent à leurs mails pendant que le rédacteur en chef regarde le catalogue Marc Dorcel que je lui ai sorti de l’anti-spam.
Dans la pratique, ce mois-ci, on faisait un dossier sur les ampoules électriques. Comme j’étais en vacances pendant une semaine, j’avais le vague espoir que le dossier ait avancé sans moi. Je suis arrivé lundi, on avait une chiée d’ampoules dans nos locaux, mais pas un prix et puis des fois quinze ou vingt ampoules de la même société. Bref, c’était n’importe quoi… Alors, comme je me dis que bon, j’étais pas là, il doit bien y avoir quelqu’un qui chapeaute le dossier… Que n’avais-je rêvé ?
Mardi, on fait une réunion (et déjà, ça, ça été compliqué). Alors, comme d’hab : “On fait dix-huit ou vingt ampoules ce mois-ci !”. Bon, je précise que dans le chemin de fer, y’en a que huit prévus. Mon rédac’chef dit :
– Rha non, c’est pas possible, on en a déjà plus et faut qu’on en fasse plus
– Ouais, mais on boucle le 12… Bon, si on enlève, ça, ça et ça, on peut en faire quatorze.
– Ouais, on va faire ça, dit-il.
J’adore les chefs qui prennent des iniatives.
Je fais la liste des ampoules qu’on a, comme je l’avais senti, y’en a douze fois trop, alors mon rédac chef dit : “Bah, ce qu’on va faire, c’est qu’on va se concentrer sur une même fourchette de prix”. Alors, je dis :
– Bah très bien, c’est quoi les prix ?
– Ah, bah, on a pas demandé, on a juste demandé des ampoules.
– Ok, et on fait lesquels, alors ?
– Ah, bah, yaka les appeler et issufi de demander les prix.
– Ok et qui le fait ?
*silence*
Boulot de merde…