Fuckin’ Pascal [Super long]
Ah putain, je viens de craquer. Enfin, craquer façon moi, c’est-à-dire que j’ai dit : “maintenant, ça suffit” et j’ai pris mes affaires tout rouge colère que j’étais et je suis parti.
Ras le bol de Pascal, vous pouvez juste pas imaginer. Toute la journée d’hier, il s’est plaint de ne pas être payé aussi bien que moi, alors que lui, quand même, il avait fait l’ENS, hein. Je lui ai dit que quand on prend un boulot de pompiste, on est pas mieux payé parce qu’on a fait l’ENS, on est payé pour un boulot de pompiste.
Je lui ai demandé de l’aide pour travailler vendredi ou lundi sur les news du mag, rubrique dont j’ai plus ou moins officieusement la charge. Il m’a dit : “bien sûr, je suis pas trop chargé ce mois-ci”. J’ai dit : “cool”. Et il a répondu : “mais bon, j’ai une page de plus que toi à écrire, quand même”. Alors, j’ai répondu : “oui, mais moi je fais les photos” et il a ajouté : “oui, mais t’es payé pour”. Alors, j’ai dit : “je suis pas payé pour faire les news”, et il m’a dit qu’il était pas payé non plus quand un type appelait pour envoyer des infos sur un produit et qu’il le réaiguillait vers moi. Même si je comprenais que c’était de l’humour, j’étais énervé.
De toute façon, je suis en colère après lui depuis mon retour de vacances. Juste avant, j’avais essayé de lui faire comprendre que, d’un point de vue humain, il pourrait ne serait-ce que faire le moindre effort pour tenter d’arriver à 10h30 plutôt que son traditionnel 11h15 ou 11h30. Chépa, une vague notion, tentais-je de lui expliquer, de respect d’autrui, et de moi en particulier, allez quoi, on est pote quand même, c’est moi qui t’ai fait entrer, quand même.
Et puis, faut dire que ses excuses journalières commençaient à me courir sur le haricot : “j’ai mangé indien hier, je l’ai mal digéré”, “j’attends que le postier passe parce qu’il devait m’amener une lettre pour la mutuelle que j’attends depuis six moi”, “je dors mal parce que j’ai les narines bouchées”, “ma montre a retardé toute seule d’une heure ce week-end”. Bref, revenant de mes vacances, voilà que Pascal débarque à 11h30 bien tassées. Le lendemain 11h15. Je fulminais. Au repas de midi, je lui dis alors tout de go : “écoute Pascal, je te demande un service, je te prie d’arriver à 10h30 et tu continues à arriver à 11h30, tu te fous de moi ?”. “Non, non”, répond-t-il, “je suis pas dans ce schéma-là et je te ferais remarquer que la semaine dernière, je suis arrivé plus tôt toute la semaine, mais quel dommage, t’étais pas là pour le voir”.
Quel dommage en effet.
Mercredi dernier, un produit de 2 x 250 kilos repartait de nos locaux. Le transporteur devait arriver à 10h00 et à ce repas, la veille, donc, je lui explique : “écoute, demain, sérieux faut que tu fasses quelque chose, je veux que tu arrives à 9h50 parce que si le transporteur débarque et que je suis tout seul, je vais te maudire”.
Arrive le mercredi.
9h50. Siège vide.
10h10. Siège vide.
10h20. Siège vide.
10h30. Pascal arrive.
Le transporteur n’était pas passé mais sous ma cervelle éclatait une tempête de colère. Comme une fleur, il s’assoit à son bureau, et je le regarde et lui dis le plus sérieusement possible : “non, là, sois clair : tu te fous de ma gueule”.
Et le voilà qui prend sa mine contrariée, outrée et désespérée, tout ça à la fois et il me dit dans un souffle de tristesse infinie, me fixant droit dans les yeux :
“Écoute Pop. Je te promets, j’ai fait ce que j’ai pu : je peux pas faire mieux. C’est le maximum”.
Vous savez dans les films quand une déflagration souffle un personnage et qu’il se retrouve incrusté dans le mur, bah voilà où j’étais.
“Je peux pas faire mieux”.
C’était sa réponse.
Pas pour arriver à 6h00 du matin, hein ! Pour arriver à 10h30. Je peux même pas expliquer le degré d’abasourdissement que j’avais atteint. Le mercure d’un thermomètre anal aurait explosé.
Alors, encore sous le choc, il entreprend de m’expliquer :
“Ce qui s’est passé, c’est qu’hier, après être parti, je suis allé chez MacWay pour acheter un disque dur de 320 Go pour mon iBook à qui je voulais redonner une seconde jeunesse, mais une des vis de l’iBook était coincée et j’ai eu du mal à l’extirper, l’opération a été plus longue que prévue et pour te prouver ma bonne foi : après avoir changé le disque dur, j’ai regardé le dernier épisode de The Office et alors qu’il dure 45 minutes, j’en ai regardé que vingt minutes parce que sinon, je savais que je n’aurais pas réussi à me lever pour être à l’heure”.
Putain, mais je rêve ? J’écris bien ce que je suis en train d’écrire, là ? Le gars, ok, je suis pas son chef, mais QUAND MÊME. Est-ce que ça ressemble de près ou de loin à une excuse valable ? “J’ai regardé une série hier soir, c’est pour ça que j’arrive en retard”.
Mais vous imaginez si on faisait tous ça ? Hier, un pote est venu chez moi, on a joué à la console jusqu’à une heure et j’ai pu arriver à 9h30 sans me forcer !
Scotché, je n’ai pu que balbutier : “ok, ok, si tu me dis que tu ne peux vraiment pas faire mieux”.
Quelques minutes plus tard, alors que je quittais le bureau, il vient me voir : “tu vois Pop, s’il y a bien une chose que tu peux savoir de moi facilement, c’est quand je mens : parce que quand je mens, j’ai les yeux qui fuient et là, tout à l’heure quand je t’ai expliqué pourquoi j’ai pas pu arriver à 10h00 [quoi ? qu’est-ce que tu m’as expliqué ?], je t’ai regardé droit dans les yeux, ça veut dire que j’étais franc et honnête”.
Ouais, ouais, super.
Vous savez quoi, vous, chers lecteurs de ce beulogue ? Vous êtes en train de me voir devenir fou. J’ai l’impression de devenir taré avec ce mec.
Le coup de grâce a été atteint entre hier et aujourd’hui. J’en pouvais plus de “et moi, j’ai fait l’ENS, et moi, je suis juif”. Après le coup de la pizza avant-hier (à lire sur mon autre beulogue, donc), je suis arrivé ce matin plutôt content car pas mal à l’heure dans la restitution de mes textes. J’étais assez guilleret.
Pascal est arrivé à 10h30, comme depuis le début de la semaine, je me dis, bon, on progresse. Comme je crois l’avoir expliqué, on est deux à rédiger nos tests : un premier qui fait le descriptif du produit et son écoute, l’autre une écoute “comparée”. Donc, je lui avais passé le fichier d’un produit qu’on avait écouté. Et, comme à son habitude, il le relit. Oui, je vous l’ai déjà dit ? Pascal a fait l’ENS en lettres classiques. Il a aussi fait une thèse sur le pouvoir Américain, il a parlé d’Obama sur un forum de cinéma, il y a cinq ans, il est très calé en astronomie, connaît toutes les dates des révoltes bolcheviques, parle couramment le grec et reprend systématiquement tout le monde tout le temps. Mais il prend un malin plaisir à me faire chier plus que les autres. Donc, relisant mon texte, j’ai le droit à ses commentaires. “Oh ! la faute d’accord ! Oh ! Non ! J’y crois pas ! Comment t’as délayé là ! Franchement, ça se voit ! Alors, attends, là, j’ai changé ce que tu écrivais en ça, parce que c’est mieux dit et plus joli”. Tout le temps, tout le temps, tout le temps. Lui demandant s’il y en a beaucoup (de fautes d’accord), il me regarde et fait : “oui, quand même”. Cinq minutes après, j’ai la feuille de mon texte avec quatre traits rouges, une faute d’accord bête et une connerie d’un “ait” devenu “est”.
Bon, bon. À table, pendant le repas, il revient à la charge : “tu vois, ce qui se passe, c’est que quand tu délayes, on sent trop, moi, quand je le fais, c’est mieux, parce que c’est aussi ça qu’on apprend à l’ENS [rires]. Dans mon texte, je te le ferais lire en remontant, tu verras, c’est plus structuré… ton texte, il part dans tous les sens, le mien, il a une ossature, une organisation [il se fout de ma gueule, pas possible autrement], c’est que je n’aime pas les textes qui sont des successions de faits, et c’est exactement ce que tu as écrit”. Oh, le verre d’eau me démange. Oh le verre d’eau, là…
Nous remontons. À 15h30, je demande un service à Bob pour une traduction d’un texte technique. Bien sûr, Pascal sautille sur sa chaise : “je peux vous aider ?”. “Non, je demande à Bob”. C’est vrai quoi, merde. Alors, au bout de dix minutes où je discute doucement avec Bob, Pascal se lève, sort de la pièce, revient, s’assoit à son siège et n’y tenant plus, se relève et vient voir ce que j’essayais de traduire (c’étaient des mots techniques anglais à propos de sujets qui ne m’intéressent pas comme : “listing complet des pièces nécessaires à la fabrication d’un escalator”). Il regarde par dessus nos épaules et y va bien sûr de son commentaire. Finalement, une explication m’est donné, qui me convainc moyennement, mais bon, je me dis : “allez, laisse pisser”.
Et alors qu’il n’avait à peu près rien dit d’intelligent, il s’en va en glissant à l’oreille de Bob : “C’est marrant, c’est celui à qui on ne veut pas demander qui a la réponse en moins d’une minute”. Alors, j’entends bien sûr, je réponds : “tu m’as donné aucune réponse”, il fait : “bah, si, quand même”. Et là, c’est la putain de cocotte minute dans ma cervelle, j’ai laissé éclater un “bon, là, j’en ai marre” virulent. J’ai pris mes affaires et je me suis tiré. Et à peine arrivé chez moi, afin de sortir tout le pus de ma cervelle, d’exorciser toutes les images noires de ma journée, je tape ce texte d’une traite, ne le relis pas et le mets en ligne pour trouver dans le réconfort des amitiés virtuelles une once de compassion envers mon calvaire journalier.
Et accessoirement, je pense que c’est le dernier sur le sujet, parce que sinon, je vais me retrouver à Saint Anne plus vite que prévu (je devais pas y aller avant 2012).
Relax….!
Respire un bon coup et va voir cette video
http://www.theonion.com/content/video/sony_releases_new_stupid_piece_of
Claude
12 Feb 09 at 11:28 pm
Allons. Ce n’est que le boulot.
Une douche, un bon cinoche et une bière (ou autre chose) avec des (vrais) copains.
Et en plus c’est toi le plus sexy. Alors….!
cork
12 Feb 09 at 11:59 pm
Oh dis, je peux venir le taper ? J’ai très envie de le taper. Surtout depuis que j’ai vu sa gueule.
Il prendra pour tous mes Pasacal.
Alllez steuplait steuplait steuplait.
krstv
13 Feb 09 at 12:03 am
Il y a une faute d’accord dans ton texte
raph
13 Feb 09 at 12:48 pm
Claude > Je respire, mais ça marche pas.
Cork > Bon, c’est gentil (mais plus sexy que Pascal, c’est quand même pas dur).
Krstv > Je propose d’aller casser du Pascal. Faut tous les réunir au même endroit.
Raph > Et un nom de plus dans la liste de mes ennemis mortels. (bon, où ? où ? krstv a eu au moins le bon goût de me le dire par mail, j’ai pu au moins corriger !)
artypop
13 Feb 09 at 1:39 pm