Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Déjeuner en paix

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Salaud de Stephan Eicher. T’as niqué un super titre avec ta chanson pourrie. Enfin… Je préfère pas y penser, tiens.

Aujourd’hui, toute ma matinée était dédiée à un unique but : ne pas déjeuner avec Pascal. Non parce que ça va bien, j’en ai marre. Seulement, comment le lui faire comprendre sans lui envoyer un vent dans la face. Une seule solution : travailler d’arrache-pied jusqu’à ce qu’il décide d’aller déjeuner. Et quand il me proposera, tout diabolique que je suis, je lui dirais un truc du genre : “nan, j’ai trop de taf, je vais bouffer un sandwich”.

Ça ne peut pas rater.

Les heures s’écoulent lentement, je m’active comme jamais, je bouge des trucs sur mon bureau, je me lève, je m’occupe de prendre des photos manquantes, j’abats du boulot, je suis une bête de somme . Arrive midi, Laurence, la secrétaire de rédaction, nous dit : “Je mange avec une copine”. Cool, j’aurais pas à manger avec toi. Non, parce que manger avec Laurence et Pascal, c’est un peu comme si tu mélangeais le Yin et le Yang dans un cocktail molotov : c’est explosif.

J’ai les crocs, mais je continue de bosser. Pendant ce temps, et toute la matinée, Pascal a joué à La Guerre des Gangs sur Facebook. Quand le chef passe derrière lui, il feint de s’intéresser subitement à son travail, puis retourne la tête vers son ordinateur où la mission 3 vient d’être une réussite et bravo avec tes cent onze points de vie.

Moi, je veux pas jouer à La Guerre des Gangs, j’ai déjà assez à faire avec feu Scrabulous-Wordscraper. Ce qui n’empêche pas Pascal de m’envoyer des invitations à longueur de journée pour que je rejoigne son gang.

Avant-hier, excédé, j’ai décidé de rejoindre le gang d’un pote à lui, rien que pour l’emmerder. Quand il m’a dit : “alors, tu rejoins mon gang ?”, j’ai répondu avec un gros sourire aux lèvres : “non, je suis dans celui de Monsieur Bite”. Je pensais le moucher, mais à priori, j’ai pas compris le jeu, on peut être dans plusieurs gangs. “D’ailleurs, c’est même comme ça qu’on gagne”, rajoute-t-il. “Ah” (ma réplique favorite). Il réfléchit et me met alors en garde : “Par contre, Pop, fais gaffe : quand on commence de jouer à ce jeu, c’est difficile de s’arrêter…”.

Non… Sans blague ? Tu crois que je vois pas que tu passes tes journées à y jouer plutôt que de faire tes papiers et que du coup, je vais devoir m’en taper deux fois plus que toi ?

Bordel. Si encore le sujet m’intéressait, mais là… notre journal… mazette… C’est à peine si je l’ouvre quand il arrive sur nos bureaux après impression.

Il est midi trente et je m’éclipse dans le studio photo pour finir un travail engagé. Au moment où je quitte ma place, Pascal me dit : “Je vais manger”. “Ah, okay”.

Je reviens une demi-heure plus tard, et il n’a pas bougé. Scotché devant son jeu. Merde de merde.

De treize heures à treize heures trente, je bosse et j’attends. Au bout d’un moment il me demande : “Tu vas pas manger alors ?”. “Non, je prends un sandwich”. “Moi, je vais y aller”. “Ah”.

Treize heures quarante. La cantine ferme dans trente-cinq minutes. J’ai la dalle, putain, qu’est-ce qu’il attend ! Il se lève. “Bon, cette fois, j’y vais” et il descend. Il me fait un peu les gros yeux, je le vois bien, mais je ne dis rien, je suis beaucoup trop occupé à regarder une feuille blanche sur mon bureau.

J’attends moins dix et je pars au self. Je prie pour ne pas le croiser. Tout se passe bien. Ouf. Tranquillité et repos. Que je l’ai mérité ce quart d’heure paisible. Quatorze heures cinq, je remonte. Bref, mais trop bon.

Je m’assois, mais j’ai un peu peur qu’il ne me questionne et me demande où j’étais. Oui, on pourrait me croire parano. En fait, non. Pas tant que ça. Alors, je prends du courrier qui traine et l’emmène à la Poste, quinze minutes aller / retour, de quoi lui faire oublier que j’étais pas avec lui.

Quatorze heures trente, au moment où je me rassois, il lève les yeux et m’achève : “Alors, t’as pris un sandwich à quoi ?”.

Merde, merde, merde, putain, j’ai pas réfléchi à cette question… Je peux pas lui dire que je suis allé manger au self, il va me faire chier… Je bredouille. Euh. Euh. Non, rien, juste une salade à sucer… euh à emporter… Il me regarde et en plaisantant dit : “t’es sûr que t’as pas pris un sandwich au jambon pour venir me dire que toi tu pouvais en manger parce que t’es pas juif ?”.

Ah bah ouais, c’est sûr que ça faisait longtemps que j’y avais pas eu le droit… Heureusement qu’il plaisante.

À côté de moi, Bob le syndicaliste est en train de commander des DVD (sa principale occupation). Arrive un autre de ses copains du syndicat avec qui j’aime bien faire des blagues nulles : j’appelle Bob à partir de mon téléphone (alors qu’un mètre nous sépare) et je lui demande : “toi et ton pote vous pouvez pas vous casser, non parce qu’il parle drôlement fort, je peux pas me concentrer”. C’est pas fin, mais ça me fait rire.

En gloussant, je raccroche. Bob, un comique troupier dans l’âme, sourit de bon cœur. Quand son téléphone sonne de nouveau. Non, j’y crois pas ! En face de moi, Pascal appelle Bob pour refaire la blague.

“Non, mais vas-y, fais pas la même blague quand même !”, je lui dis. Non, c’est vrai quoi merde ! Trouve ton style ! Alors il raccroche, penaud.

Et puis quelques secondes plus tard, je le vois trifouiller dans son sac. Je me jette dans la lecture de documents passionnants sur des transistors à effet de champs (ce à quoi je ne pige rien). Et je le laisse s’humilier seul.

Alors que personne ne le regarde ni ne l’écoute, il vient de s’appeler avec son portable sur son téléphone de bureau. Il décroche le combiné et commence d’une voix forte puis de plus en plus éteinte : “Allo ? Non, euh, je ne peux pas vous le passer…”. D’un coin de l’œil, je le vois qui cherche désespérément l’appui de quelqu’un du regard, mais je me refuse à le tirer de cet embarras et il raccroche son téléphone comme si de rien n’était.

En moi, je jubile. Je l’ai dit : je suis diabolique.

Written by Engagé Baleine

September 4th, 2008 at 8:21 pm

Posted in Jour par jour

5 Responses to 'Déjeuner en paix'

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  1. Autant j’aime beaucoup ton premier blog mais celui-ci est tout simplement passionnant!

    J’attends la suite de tes aventures trépidantes avec impatience!

    Au fait, tu changes les noms au moins?

    Claude

    5 Sep 08 at 12:00 am

  2. Euh Ouais. Mais c’est un petit monde que celui où je travaille, je pense que c’est très facilement identifiable, même pour des gens un peu externes…

    Donc, c’est grillé, c’est clair…

    Merci pour l’encouragement 🙂

    artypop

    5 Sep 08 at 12:29 am

  3. Ça me rappelle Bertrand Latour http://www.bertrandlatour.com/ qui avait créer un blog a l’époque “Les Chauffeurs de Limousines Pensent Aussi” dans lequel tout ses collègues en prenaient pour leurs grades jusqu’à ce qu’il soit démasqué 🙂

    Claude

    5 Sep 08 at 1:03 am

  4. Mouahaha. On a tous un Pascal. Le mien est maquettiste, ce qui limite sensiblement son pouvoir de nuisance à mon encontre.

    Continue à balancer, si tu te fais virer de chez-Smith-en-face, on t’accordera l’asile.

    krstv

    5 Sep 08 at 9:15 am

  5. krstv > Il est de quelle religion, ton Pascal ? Nan, parce que ça marche qu’avec la bonne.

    artypop

    5 Sep 08 at 7:37 pm

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