Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Bob

with 3 comments

Cher Bob,

Je t’adresse ce courrier pour te faire part à nouveau de la satisfaction journalière que j’ai à te connaître. Tu m’offres régulièrement des thés à la machine du couloir, tu m’invites au restaurant, quand j’ai besoin d’une voiture et que tu as la tienne, tu es prêt à venir jusque chez moi pour m’aider à transporter des objets volumineux.

Mais elle me coûte chère, ta gentillesse. Elle me coûte chère par ta fainéantise infinie.

S’il fallait trouver une définition au mot flemmard dans le dictionnaire, on verrait probablement ta tête en face. D’ailleurs est-ce que ton nom de famille lui-même n’est pas un signe du destin : Bob Lecossard, ça s’invente pas. Ne le nies pas, tu sais très bien que tu ne fous rien.

Ou alors tu te dupes. Tu te mens. Parce que si tu crois que deux feuillets par mois est un volume d’écriture acceptable (et encore, quand on a réussi à te convaincre de les écrire et qu’on a attendu jusqu’à la veille de l’impression du journal pour les obtenir), tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au mollet.

Oui, je connais tous tes griefs : tu as plus de vingt ans d’ancienneté et on ne t’a jamais augmenté. Mais bon, tu savais bien qu’en devenant délégué syndical et délégué du personnel, tu te tirais une balle dans le pied.

Je sais, c’est dur à écrire, mais dans notre pays hexagonal, le syndicalisme n’est pas exactement vu comme une force progressiste par le patronat.

Comme si tu ne claudiquais pas assez, rappelle-toi ton grand œuvre qui s’est soldé par un joli chèque à ton nom après avoir mené la société devant les tribunaux pour non-respect des droits d’auteurs.

Oui, oui, je sais bien : on réutilisait tes photos sans te payer et surtout les commerciaux les ont récupérées pour les filer gratuitement aux annonceurs. C’est pas joli joli, je te le concède.

Bon, cela dit, peut-être qu’ils n’auraient pas fait ça si, lorsqu’ils te les demandaient, tu avais refusé. Au lieu de ça, pendant des années tu leur as dit : “T’as besoin de ma photo de tel truc ? Pas de problème…. Non, non, c’est gratis, pour toi, t’es un ami… Hein ? Quoi ? Ah non ! On signe rien, on se fait confiance”. Et puis un beau matin, après avoir été spolié, t’es arrivé comme une fleur, l’innocence même et tu as commencé de dire : “Mais attends, ça… C’est ma photo, non ? Attends voir… Et tu m’as rien payé pour t’en servir ? En plus t’as fait des pubs avec. Alors, non… Hein, non ! Ça hein. non de non, j’attaque”.

T’as attaqué et t’as gagné.

Va t’étonner après qu’il n’y a plus un seul de tes collègues pour t’apprécier.

Moi, je suis arrivé après toutes ces histoires, alors, je t’aime bien. Et puis, tu m’as appris à faire des photos, j’étais content. Bon, quand j’ai compris que tu m’apprenais plus ou moins pour ne plus avoir à les faire, j’ai fait un peu la gueule. Parce que c’est pas pour autant que t’écrivais plus que tes deux feuillets mensuels.

– Bob, tu peux faire la photo de ce truc ?
– Demande à Pop, il sait faire maintenant.

Aujourd’hui, je m’en fous. Car ce que tu sais pas, mon cher Bob, c’est que ces photos, chaque mois, on me les paie.

Comme on dit en anglais : “You live and learn”.

Written by Engagé Baleine

September 5th, 2008 at 4:44 pm

Posted in Employés modèles

3 Responses to 'Bob'

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  1. moi je l’aime beaucoup, Bob
    j’en veux des comme lui

    raph

    5 Sep 08 at 7:13 pm

  2. T’es sur qu’il t’a “vraiment” appris à faire des photos ?

    Gre

    19 Sep 08 at 7:24 pm

  3. Gre > Je te méprise totalement.

    artypop

    20 Sep 08 at 3:58 pm

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