Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Un oubli qui coûte

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Pendant le mois d’août, j’ai pris quatre longues semaines de congés pour ne plus vraiment penser au merdier de la revente, des collègues, de la manutention, du probable déménagement et de tout le reste. Comme j’attendais un paquet venant de Suisse, j’avais demandé à Pascal de surveiller s’il voyait au courrier un colis qui pourrait venir de Zurich. Mauvaise idée.

Plus clairement, je savais que – même si je ne lui avais rien demandé – Pascal m’appellerait avec la régularité d’un métronome. Et puisque j’étais condamné à l’avoir tous les deux jours au téléphone, autant qu’il me dît si mon pli était arrivé. Joindre l’utile au désagréable en quelque sorte.

Cela a commencé par un coup de téléphone le matin et parfois l’après-midi que je dérivais systématiquement vers la boîte vocale. “Salut Pop, c’est Pascal, c’est pour te dire que ton pli n’est toujours pas arrivé”. “Salut Pop, tu as reçu du courrier depuis Bretigny, mais rien depuis Zurich”. “Pop, pas de courrier aujourd’hui, mais je te tiens au courant s’il y a du changement”.

Au bout de quatre jours, je lui ai expliqué que je n’avais pas besoin d’un coup de fil à chaque fois qu’il traversait la salle du service courrier.

Ça s’est donc calmé. Pendant une semaine. Mi-août, coup de fil de Pascal alors que j’étais en Suisse, pour me dire : “Pop, tu as reçu le DVD d’Oz, mais toujours pas de paquet”. Je me suis d’abord demandé comment il pouvait connaître le contenu de ce que j’avais reçu et puis j’ai pensé à autre chose.

Trois jours après : “Pop, tu as reçu un pli de Suisse, à l’intérieur y’a un tee-shirt que je vais te laisser parce qu’il n’est pas à ma taille [arf, la bonne blague] et des CDs qui semblent être des samplers, attends je regarde, oui, c’est ça, des samplers”.

À l’écoute du message, je comprends qu’il l’a ouvert et je trouve ça un tantinet culotté.

Mais quand je rentre de vacances et que j’arrive à mon bureau, je constate que ce n’est pas juste mon pli Zurichois qui a connu les doigts gourds de Pascal, mais tout mon courrier. Toutes les lettres sont ouvertes, déchirées sauvagement, annotées par des blagues avec des dessins sur les enveloppes.

Quand il arrive, je lui demande si c’est un chien qui est venu s’en prendre à mon bureau et il m’explique très sereinement que “c’était pour te rendre service”, parce que “comme ça, tu savais exactement si ce que tu attendais était parvenu au bureau”.

C’est limite si je ne devrais pas le remercier en plus.

Nous reprenons nos habitudes usuelles, lui sa Guerre des Gangs, moi mon Scrabulous quand, au début de l’après-midi, Pascal me regarde et me dit : “Au fait, tu as oublié quelque chose”.

Un peu arrêté dans un super mot compte triple, je réponds : “J’ai oublié quelque chose ?”. “Oui”. Bon, il va décemment pas me dire aussi facilement ce que j’ai pu oublié.

– Alors, tu trouves ce que tu as oublié ?

Je me décide de jouer au con.

– Non, parce que j’ai rien oublié.
– Si, t’as oublié un truc.
– Non, parce que si j’avais oublié quelque chose, je ne pourrais pas me souvenir de l’avoir oublié, du coup, ça veut dire que j’ai rien oublié puisque je ne sais pas à quoi j’aurais dû penser.

Au bout de dix minutes d’inutiles joutes verbales à savoir si j’avais ou pas oublié quelque chose, je l’interroge directement :

– Bon, et plutôt que de me dire que j’ai oublié quelque chose, si tu me disais ce que je suis censé avoir oublié que je te dise si c’est un oubli ou pas.

– Tu as oublié mon anniversaire.

J’explose de rire intérieurement. J’oublie l’anniversaire de ma mère, de ma sœur, de ma filleule, de mon père, de ma grand-mère, de tout le monde, alors j’ai un machin qui clignote devant mon écran en permanence pour m’en rappeler un quand je dois y penser. Bien évidemment, les dates de naissance de mes collègues n’y sont pas. Si on m’en parle, je dis : “Ah, c’est ton anniversaire aujourd’hui, bon anniversaire”, mais ma civilité a ses limites.

Sauf que Pascal, je le connais d’avant, et lui, mon ordinateur me l’a bien rappelé. Seulement, en vacances sur les bords du lac Léman, ma motivation pour appeler au bureau afin de souhaiter l’anniversaire de mon Dwight Schrute en puissance, ça ne m’a pas dit plus que ça.

– Ah non, c’est bien ce que je disais, j’ai pas oublié.
– Comment ça ?
– Bin, je sais ta date de naissance, je peux même te la dire tout de suite.

Bah ouais, je la connais par cœur, je l’ai apprise après son insistance pour me rappeler régulièrement qu’il était né le jour d’après la mort d’Elvis. Tu parles que ça m’intéresse, mais maintenant quand j’entends “anniversaire de la mort d’Elvis”, je pense “anniversaire de Pascal”. C’est du direct.

Cette fois-ci, c’est lui qui est à l’arrêt. Il essaie de comprendre pourquoi, si je savais que c’était son anniversaire, je ne lui ai pas souhaité.

– Et je peux même te dire que j’ai une appli sur mon bureau qui sautille chaque jour d’anniversaire des contacts de mon carnet d’adresse.
– Bah pourquoi tu me l’as pas souhaité, alors ?
– Parce que je souhaite pas ça ! Si t’avais été en face de moi à ce moment, je l’aurais fait, mais là, en vacances, qu’est-ce que tu veux que je te dise !

Bon sang, il est cultivé mais un peu lent quand même.

– Moi, j’ai pensé au tien !
– La belle affaire ! Bah, moi j’ai pas pensé au tien.

Fin de la discussion, mais pas des remontrances. J’avoue : je ne pensais pas que ça le vexerait autant. Car, depuis, tous les jours j’ai le droit à une remarque autour de cet “oubli”. Comme ce jour où je vois un paquet à son nom dans la salle du courrier (salle, tu l’auras compris, qui m’occupe énormément), colis que je ramène et pose sur son bureau avec un post-it sur lequel j’écris : “Tu vois, moi, j’ouvre pas ton courrier”. Post-it qu’il découvre en arrivant et qu’il recolle dix minutes plus tard sur mon bureau avec la mention “Oui, mais, moi, j’oublie pas les anniversaires”.

Written by Engagé Baleine

September 7th, 2008 at 7:36 pm

Posted in Expérience

2 Responses to 'Un oubli qui coûte'

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  1. et tu n’as pas oublié le mien

    Gre

    19 Sep 08 at 7:27 pm

  2. Gre > Et ça, JAMAIS Pascal ne devra l’apprendre.

    artypop

    22 Sep 08 at 11:51 pm

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