Pot de Colle Premier
Il s’en est passé des choses en un mois.
D’abord, Pascal a eu une opération des sinus. J’ai eu droit à tous les détails : de l’odeur de la narine grillée au manque d’anesthésie, de la difficulté de venir au travail après une opération aussi douloureuse et surtout, surtout, surtout – comment ai-je pu m’en passer – j’ai eu le droit au descriptif jour après jour de la quantité de sérum physiologique qu’il devait vider dans son nez pour évacuer les résidus opératoires (caillots de sangs, croûtes et autres morceaux sans exception). Et hier, miracle, c’était le dernier jour alors pour fêter ça, Pascal m’a ramené la seringue avec laquelle il faisait couler le sérum dans son nez. Et j’ai eu le droit à une petite explication sur un gros bout qu’il avait eu ce matin pendant qu’il se mouchait. Et c’était tellement génial que je vois pas comment m’empêcher de le raconter ici.
Ensuite, depuis deux semaines, Pascal a vu un épisode de la dernière saison de The Office dans lequel Jim chronomètre Dwight qui prétend ne jamais prendre de temps pendant le travail pour des affaires personnelles (que ce soit pisser, lire un mail, que sais-je encore). Ainsi, si Dwight baille, Jim prend son chronomètre et lui décompte de son temps d’efficacité à son poste. Pascal s’est décidé à faire pareil avec moi. Alors s’il me voit sur mon (tout nouveau) MacBook, il me dit : « Je te décompte cinq minutes pour avoir regardé tes mails ». Ahahah. Qu’est-ce qu’on rigole au bureau. C’est d’autant plus drôle que Pascal passe sa journée sur Internet à tel point que si on lui demande d’écrire un texte, il prend une mine déconfite, genre « j’en ai déjà écrit trois ce mois-ci » et franchement, on a l’impression qu’on lui arracherait une jambe, ça lui ferait moins mal. Ce mois-ci, il est particulièrement en colère parce qu’il a écrit plus que moi. Alors, quand le rédac’chef a voulu lui rajouter un article à la dernière minute, ça l’a sacrément énervé. Genre : « putain, mais mon équipe sur Facebook de Gang Wars elle va perdre trois points, fais chier ».
Du coup, quand il décompte mon temps à regarder mes mails, ça a une petite tendance (toute petite) à m’énerver. Alors, j’ai commencé de compter le temps où je le voyais taper sur l’ordinateur du boulot parce qu’il est comme moi, il fait de l’internet sur son propre ordinateur raccordé au réseau, l’ordinateur du boulot ne sert qu’au boulot. Et je compte son temps de travail. Ça l’énerve beaucoup. Surtout qu’il bosse moins que moi, cette andouille.
Enfin, lundi, on était le dix novembre, la veille d’un jour férié. Comme tout bon travailleur français, bien que je n’avais pas grand chose à foutre ce mois-ci, j’étais en retard à quatre jours du bouclage. Du coup, j’ai dit à mon rédacteur en chef que je viendrais le mardi pour donner un sacré coup de collier comme on dit dans les milieux autorisés. Je n’en ai pas averti Pascal parce que sa seule présence suffit à réduire ma productivité au quart de ce qu’elle est usuellement.
Le soir, alors que je range mes affaires, le rédac’chef, qui venait le onze aussi, me dit « à demain, alors ». Oh et là, je jure, il aurait fallu photographier la tête de Pascal (j’ai une photo si tu veux la voir). Tournant blême, il semblait fou à l’idée que je ne lui ai pas dit que demain je venais. Il me regarde et me fait : « tu viens demain ? Mais c’est férié ! », alors je réponds que « oui, c’est férié, mais je suis à la bourre et c’est pas franchement grave, parce que j’ai pris pas mal de congés avec mon récent déménagement ». Sa tête tourne sur elle-même comme si elle voulait dire : « ah non, c’est férié, je viens pas demain ». Moi, je dis rien, il fait comme il veut, c’est pas vraiment mon problème. Et puis, bien sûr, Pot de Colle Premier ne peut pas s’en empêcher : « Bon, je viendrai aussi demain, mais seulement dans l’après-midi, car je dois faire une lessive le matin ». Tu parles que je m’en fous des problèmes de lessive de Pascal. Je lui répond qu’il fait comme il veut et j’ajoute : « tu sais, si tu viens pour faire de l’internet et jouer à Gang Wars, reste chez toi, personne ne te dira rien ». Alors, il me fait sa tête comme s’il était ultra accablé par ce que je lui disais, comme si j’étais un monstre de lui demander d’affronter la réalité.
Il est arrivé le onze à midi, il n’avait pas fait sa lessive, il l’a faite le soir et – a-t-il expliqué le lendemain en arrivant à onze heures – il est sorti pile au moment où l’énorme orage éclatait sur Paris et « c’est pour ça que j’arrive à la bourre ce matin, parce que mes chaussettes n’était pas sèches et j’ai dû les sécher avec un sèche-cheveux ».
Et là, j’ai eu envie de me tuer.
Je veux la photo ! :o)
Claude
14 Nov 08 at 7:19 am
Claude > Ah non ! Pas sur le blog !
artypop
20 Nov 08 at 10:43 am