Zi Offize

La vie au boulot, c'est rien que de la merde

Jamais tiré d’affaire

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Il paraît qu’aujourd’hui à 11 heures Pascal s’est fait engueulé par la directrice commerciale du Journal. J’y étais pas, c’est lui qui m’a raconté l’histoire.

“Je devais aller à la conférence de presse de machin, mais j’ai pas fait de photos et la directrice de pub voulait qu’on fasse un article dans le journal. Mais on avait pas le temps de faire la maquette pour ce numéro, et pour le numéro de septembre, c’était carrément trop tard.”

Là, j’ai compris.

– Et puis, je lui ai répondu un peu sèchement qu’on ferait pas d’article dessus et là [message incompréhensible] elle m’a dit : ‘ton compte est réglée'”.
– Elle a dit : “ton compte est réglée” ? Textuellement ?
– Non, elle a pas dit ça comme ça, mais je me souviens plus exactement de ce qu’elle a dit.
– Déjà ? C’était il y a deux heures, seulement.
– Bah oui, j’ai tendance à oublier très vite ce genre de choses.
– Mais quand même…

Du coup, je me suis dit qu’il ne fallait pas que je m’étonne qu’il continue de vouloir manger avec moi entre midi et deux heures malgré mon message où je lui écrivais : “Je ne veux plus manger en ta compagnie”. C’est qu’il l’avait oublié, suis-je bête !

La semaine dernière, pourtant, j’ai réussi glorieusement à échapper tous les jours de la semaine au repas avec Pascal. Oui, parce que Pascal, s’il y a un truc qui le fait rire plus que tout, ce sont les cas d’asphyxie auto-érotique. D’ailleurs, il ne conçoit pas que quelqu’un se suicide par pendaison sans que derrière, il n’ait eu l’idée d’une asphyxie auto-érotique. Alors autant dire que la mort de David Carradine était un sujet de rigolade totale et que moi, ça a fini par me saouler beaucoup.

Un peu comme un gamin qui rigolerait parce qu’un téléfilm s’intitulerait “La Journée du prout”.

Quoi qu’il en soit, la semaine dernière, je n’ai pas mangé avec lui. Le premier jour, je suis parti à 11h45 pendant qu’il était dans une des salles de nos bureaux. À 13h15, il se lève pour partir manger : “Pop, tu viens ?”. Je réponds par la négative. “Tu ne vas pas manger ?”. Non, non, j’ai un truc, faut que je parte tôt. “Ah”. Pause. “Ah”. Re-pause. “Et tu veux que je te ramène un sandwich ?”. Euh… Non ? (intérieurement : tu vas me foutre la paix, putain ?!)

Mardi, étant absent, j’avais une super excuse.

Mercredi, comme je déclinais à nouveau son invitation, il a préféré prendre un sandwich pour manger devant moi. La charmante attention.

Jeudi, à nouveau, il a proposé de m’acheter un sandwich. J’ai essayé de lui faire comprendre que si j’avais faim, j’en serais capable de moi-même et je crois que je l’ai contrarié.

Ce lundi, c’était donc la première fois que Pascal mangeait en ma compagnie. Et Dieu que c’était génial. J’ai eu le droit à la liste des films qu’il a vu, son avis pertinent sur chacun d’entre eux, les dernières évolutions de l’affaire Carradine (qui est mort d’un asphyxie auto-érotique prffffft !).

Épuisé, en remontant dans l’ascenceur, il me dit :
– Tu sais, si je mourrais d’une asphyxie auto-érotique il faudrait me découvrir dans les quelques minutes qui suivent. Parce qu’au bout de deux heures, tout pendu a une érection.
– Je sais.
– Oui, c’est parce que la chaîne des ganglions se brise.
– Ah.
– Oui, et ça, je suis sûr que tu le savais pas.
– Non, mais je m’en fous, je sais que les pendus ont une érection.
– Oui, mais tu savais pas que c’était la chaîne, pour le savoir il aurait fallu que tu assistes à une autopsie.
– Et toi, tu as assisté à une autopsie ?
– Non, mais mon frère, oui.
– Ton frère est juriste.
– Oui, mais on fait des autopsies quand on est juristes.
– Et tu es ton frère ?
– Non, mais c’est l’une des choses que j’ai retenue pour avoir lu Ulysse de James Joyce [blablablabla].

Intérieurement : “Oh ta gueule…”.

Written by Engagé Baleine

June 15th, 2009 at 4:40 pm

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Gros melon

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Depuis des années maintenant, on nous tanne qu’il faut faire un site Internet. Oui, on n’en a pas. Mais comme notre lectorat est post-centenaire et qu’il n’a pas d’accès au Web, c’est pas vraiment la peine de se casser le cul.

Mon rédacteur en chef, qui comprend l’informatique aussi bien qu’une poule peut expliquer le principe de l’ovulation d’un œuf, nous a demandé de plancher, Pascal et moi, sur le projet. Avec une mention particulière : comme c’est pour internet, il faut qu’on fasse des tests de produits informatiques. Ce qui n’a évidemment aucun sens.

Comme je ne connais un peu ma boîte maintenant, j’ai gentiment laissé pisser l’idée (“ouais, ouais, on va y réfléchir”, et pis, j’ai fait autre chose), mais Pascal s’est piqué du truc.

Quand je dis qu’il s’est piqué, on va plutôt dire “piquouzé”. Il a fait un powerpoint de quinze pages écrit en Times New Roman en taille 20 pts et chaque page avait le droit à : “Projet Site Internet – Brouilllon – Pascal – Juin 2009”. Il l’a imprimé je ne sais combien de fois et il l’a passé à tout le monde, depuis le rédacteur en chef, moi, mes collègues, l’assistante de pub, la chef de pub, etc. Tous sauf la maquettiste. Qui l’a très mal pris.

“Tu comprends, Pop, moi, j’avais d’excellentes idées pour le site internet, mais puisque Pascal n’a pas voulu me faire part de son projet, j’ai décidé que je les garderai pour moi”, m’a-t-elle dit. Le monde en serait pourtant changé à jamais.

Donc, Pascal, traversait les couloirs avec une énergie inhabituelle expliquant son projet à n’importe qui.

Avant de continuer, il faut voir que Pascal à ses débuts arrivait à 9h30, me demandait toutes les cinq minutes s’il y avait quelque chose à faire et avait une grande passion pour la cantine parce qu’il y a deux côtés, l’un un peu cher qui s’appelle “Santé Saveur” et l’autre plus popu qui n’a (à ma connaissance) pas de nom. C’est la même entreprise qui détient les deux restaurants et le plus cher bénéficie de plus de calme et de plats plus sophistiqués. Mais pour Pascal, le “Santé Saveur”, c’était le restaurant des cadres et celui en face, c’était le restaurant des employés. Du coup, il ne voulait jamais manger chez les “employés”. Et puis, il a compris.

Voilà donc qu’hier, il y avait une réunion pour le site internet avec la grande chef de notre pôle. Réunion où était conviée notre rédac chef, la directrice de pub et c’est tout. Alors Pascal a fait le gros forcing pour participer à la réunion. J’avais pas vu le subtil changement d’attitude, mais le matin de la réunion, Pascal est arrivé très affairé aux alentours de midi, et personne ne lui a rien dit. Il a sorti son Mac, m’a fait un update de toutes les infos de la presse que je connaissais déjà, m’a rebalancé ses avis très très intéressants sur la liste anti-sioniste de Dieudonné (oui, parce que, un jour, j’ai eu le courage de dire que j’avais beaucoup ri en regardant “Le divorce de Patrick” – c’était bien avant les polémiques – et depuis, je suis catalogué par Pascal comme supporter de tout ce que fait Dieudonné). Et je me suis tiré en conf de presse (toujours cool, c’était Apple pour me présenter Garage Band, je suis reparti avec iLife 09 et iWorks 09).

À 17 heures, j’ai un coup de fil de Pascal que mon répondeur prend.

[audio:conversation_1.mp3]

Alors d’abord, il me demande de ramener un truc pour le rédac chef, rédac chef qui me l’avait déjà dit, bien sûr. Je me dis, tiens c’est quoi cet air de petit chef. Et le côté narquois dans sa voix sur “mon projet qui a été le plus discuté” m’intriguait aussi. J’en parle avec Bob, il semble qu’en effet, Pascal prend le melon.

Et ce matin, il arrive (11h54), nous étions quatre dans le bureau et il n’a dit “bonjour” à personne.

J’ai hâte de voir la suite.

Written by Engagé Baleine

June 5th, 2009 at 8:55 pm

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Changement d’adresse

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Ce blog va changer de répertoire pour des raisons de confidentialité.
Ceux qui veulent lire les prochaines mises à jour devront à nouveau m’envoyer un mail à artypop [chez] me [poing] com.

Written by Engagé Baleine

June 2nd, 2009 at 12:48 pm

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Décidément, je n’apprends rien

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Parce que c’était mon jour de retour au boulot après une bonne semaine de vacances – dont je n’étais pas forcément heureux dans le sens où je n’ai à peu près rien fait de ce que j’avais l’intention de faire, mais satisfait dans la mesure où je me suis quand même bien reposé à picoler des coups avec les potes -, je me suis dit que j’allais faire bonne figure et ne pas trop me foutre de la gueule de Pascal. Certes, il est arrivé à onze heures, mais vu que je suis arrivé à dix heures, je vais pas dire trop de mal (pour une fois).

Non, les choses se passaient plutôt bien quand il a été question de travail. Comme personne n’avait dit qui devait faire quoi (un classique), j’avais pris la décision de répartir le travail. Et Pascal regardant la feuille de répartition vite fait me dit : “en tout cas, faudra pas m’en donner plus à faire : j’ai quatre trois pages, c’est déjà beaucoup”. Oui, enfin, tu viens de passer la dernière semaine à rédiger un texte d’une page sur une radio merdique internet, alors bon, je suis pas sûr que la ramener soit d’une grande finesse. S’ensuit une discussion enfiévrée entre lui et moi dont les grandes lignes furent : (moi) “y’a pas de limite aux articles à écrire, faut bien remplir le magazine”, (lui) “oui, mais quand même, c’est le max que je peux”, (moi) “non, mais moi, je fais les photos des appareils [et c’est chiant, faut les démonter faire des photos de détails, ça prend un temps dingue, en vrai, même si on essaie de torcher le truc]”, “non, mais je veux dire que là, c’est la limite de ce que je peux faire en restant dans des proportions normales de boulot”, “et bien tu arriveras avant 11 heures, comme ça”. Du classique.

Quoi qu’il en soit, j’avais proposé à Bob de venir manger à la pizzeria avec moi (et là, on pourrait se dire que j’y mange souvent, mais en fait, non, pas si souvent, c’est juste que c’était mon retour et je trouvais ça sympa, et puis, merde à la fin, vous allez pas m’emmerder vous non plus quand même ! Je fais un poids parfait, même si je me trouve un peu bouboule en ce moment).

Donc, au départ, Pascal est sur le carreau, pas invité, et puis en plus il venait de me saouler. Mais comme il paraissait difficile d’échapper à sa présence, je lui ai dit : “on va à la pizzeria, tu veux venir ?”, “euh… j’ai pris du poids”, a-t-il répondu. Et il continue : “je fais quatre-vingt cinq kilos et c’est le poids que je m’étais promis de ne jamais atteindre. “Et bien, ne viens pas”, j’ai dit. “Non, je vais venir pour toi“. Est-ce bien la peine ?, j’ai des doutes. Notons qu’un peu avant, Pascal avait noté alors que je me levais l’usure de mon jean vers l’entrecuisse (ce qui me paraît encore maintenant un peu suspect).

Nous voici sur le chemin de la pizzeria, on s’installe, on commande des trucs, et puis bien sûr, on parle cinéma et Pascal est très calé en cinéma. Après, Pascal a parlé de Dylan qui trouvait que Sarkozy lui ressemblait et Pascal est très calé en Dylan (et probablement en Sarkozy aussi). Ensuite, j’ai parlé de mes cours d’histoire de l’art au Louvre – parce que mon cours était le soir même – et que j’aimais pas trop la période XVII et XVIIIème qu’on voyait en ce moment. Là, en peinture tout ça, il est moins calé, mais ça l’ennuie un peu, alors il essaie de rapporter ça à un domaine qu’il maîtrise, la littérature en conséquence. De mémoire j’ai commencé par “la semaine dernière, c’était sur les peintures mythologiques et d’histoires et les scènes de genre.

– Et puis la littérature aussi. Parce que, comme le disait La Fontaine…
– Non, ils n’ont pas parlé de peinture inspirée par la littérature de l’époque mais par contre des peintures issues des sources classiques.
– Oui, Ovide, Ulysse.
– Voilà.
– Mais, le XVII et le XVIIIème, c’est aussi toute la période des peintures qui, euh…, qui… font appel à la littérature comme source.
– Non, mais puisque je te dis qu’on ne nous a pas parlé de ça, insistais-je.
– Par exemple…

Et puis Bob l’interrompt pour faire une remarque à mon sens un peu bénigne : “Oui, Pascal, tu es très intelligent, on le sait, mais…”.

Et là, vous savez, c’est comme quand un flipper tilte : Pascal est devenu tout rouge, il a commencé par parler fort : “Bob, BOB, BOB” et ensuite, il s’est mis à faire claquer ses mains de plus en plus fort à la manière d’un père de famille qui veut engueuler son fils en faisant du bruit pour l’impressionner. Moi, je me suis arrêté de parler et puis Bob s’est tu aussi.. Alors, Pascal a stoppé son claquement de mains et s’est lancé :

Oui, tu arrêtes maintenant, je suis sérieux. Tu arrêtes de toujours faire des blagues sur mon intelligence. Oui, je sais, je suis comme ça, je n’y peux rien, j’ai été élevé comme ça, j’en ai souffert toute ma vie d’être comme ça, j’ai passé ma jeunesse à avoir les meilleures notes parce que c’était la seule forme de communication avec mon père. Mon père ne manifestait pas la moindre émotion, les seules moment où c’était possible de parler avec lui, c’était quand je ramenais le bulletin scolaire et il se devait d’être parfait, et j’ai jamais pu de ma vie exprimer cela avec lui et je ne pourrai jamais le faire.

Autant le dire, ça a jeté un froid terrible à notre table.

J’ai enchaîné avec un “oui, les sources classiques, blablabla”, il s’est calmé et a continué avec “bien sûr, Racine d’ailleurs…” et on l’a laissé nous saoulé.

En sortant, il s’approche de moi et me glisse : “mon frère est retourné chez ma mère. Il était rentré à Paris, mais il n’est resté que deux jours et je me fais du souci pour ma mère parce qu’à chaque fois que mon frère est là-bas il fait acheter beaucoup trop de bouffe et ma mère boit avec lui parce qu’il picole pas mal et ma mère a pris beaucoup de poids, ça m’inquiète, tu comprends” et j’avais qu’une envie c’était de courir très loin de lui en hurlant “AU FOU !!!!!”

Written by Engagé Baleine

May 4th, 2009 at 10:58 pm

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Une sensation de redite

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Ouh la. Ça fait une éternité que je ne suis pas venu raconter mes déboires professionnels, m’aperçois-je. Les raisons sont un peu simples : il y a eu moins d’histoires délirantes ou peut-être ai-je fini par m’y habituer et que c’est devenu pour moi tellement normal que je n’arrive plus à me convaincre que ça vaut le coup de les raconter.

En fait, je pense surtout que les situations se répètent.

Par exemple, lundi, j’étais en vacances, et comme toujours quand je suis en vacances, Pascal m’appelle. Message sur le répondeur (j’aurais dû le garder, d’ailleurs) : “Pop [blablabla vacances, blablabla, je veux pas te déranger, blablablabla mais je t’appelle parce que], tu viens de recevoir une lettre au boulot sur laquelle il est écrit ‘Urgent et confidentiel’. Comme c’est confidentiel, je ne l’ai pas ouvert [youpi, un bon point et au troisième tu as le droit à une image], mais j’ai regardé par transparence en plaçant la lettre contre la vitre [???] et je peux te dire qu’à l’intérieur, il y a un papier avec des caractères imprimés dessus [NON ? Déconne ! C’est une LETTRE ! Mééééérde]”.

Donc, oui, oui, c’était mon avance de treizième mois car je suis beaucoup trop dépensier depuis que je suis célibataire, merci Pascal et surtout merci pour cette étonnante constatation qu’une lettre est principalement composée d’un papier avec des caractères imprimés.

Voilà typiquement un truc qui m’aurait fait bondir il y a six mois, mais je me sens totalement épuisé par l’idée même de faire la moindre remarque sur le sujet.

Pour autant, le véritable problème avec Pascal reste ses horaires – encore qu’on a constaté la semaine dernière avec la maquettiste qu’on préférait qu’il arrive tard parce que dès qu’il était là notre productivité se trouvait diminuée de moitié ou plus encore.

Oui, Pascal continue d’arriver – qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau – à onze heures et demie. Son départ le soir ne dépasse bien sûr pas dix-huit heures. Parfois dix-huit heures trente s’il n’a pas fini d’éplucher le forum des fans de Britney Spears, occupation à première vue passionnante.

La semaine dernière, il y avait les fêtes de Pâques, et dans la religion juive, ces fêtes sont très importantes. Je n’y connais pas grand-chose mais, en substance, pendant sept jours, l’alimentation des juifs est limitée (pas d’œufs, pas de céréales et d’autres trucs) avant de tuer l’agneau le samedi avec les autres sur le parvis du Temple à Jérusalem. C’est rapport à Moïse et la sortie d’Egypte ou l’entrée en territoire promis, franchement, j’en sais rien et ça ne m’empêche pas de dormir [edit : je crois me souvenir que c’est en rapport avec une étoile qu’ils ont vue dans le ciel, donc c’était pour aller vers le territoire promis].

Pour Pascal, bien sûr, c’est là une source inépuisable de discussions passionnées sur tous les problèmes et poye poye poye le malheur que c’est d’être juif et tu te rends pas compte comment ma vie est dure.

Comme je trouve ça con comme ses pieds de se faire chier avec une religion qu’on considère férue de traditions obsolètes, je me suis permis de faire remarquer qu’il n’avait qu’à s’en foutre et qu’il fasse bonne figure chez sa môman (oui, il va chez sa môman passer les fêtes juives, môman qu’il appelle une fois par jour du bureau et je vous promets, ça glace le sang quand on entend au téléphone le type d’en face se pencher au sol comme si personne ne le voyait dans l’open-space faire des : “Non, non, NON, maman, NON, ce sera BEAUCOUP plus simple si je prends le train depuis Bézier et que je dors chez le cousin… Bon, et comment va le chat ? Il va bien ? Non, NOOOOOON, je ne veux pas, tu arrêtes maintenant” en hurlant à moitié et quand après avoir raccroché il me cherche du regard pour faire des gros soupirs en disant des trucs comme : “mon frère Jean a encore acheté quinze kilos de saucisses de canard, il dilapide l’héritage familiale avec ses conneries, il avait déjà acheté la semaine dernière quinze kilos de pâtés de canard qu’il a fallu congeler et le congélateur déborde” – véridique, je n’invente rien, même pas les chiffres).

Oups, je me suis égaré. Donc quand je lui ai fait la remarque que, hein, bon, personne l’oblige à faire le gentil juif modèle à Paris loin de sa famille, il m’a expliqué que oui, il était pétri de contradictions, mais c’était comme ça et j’avais rien à dire. Bien sûr, chaque midi à la cantine, j’avais le droit en détail à tout ce qu’il ne pouvait pas manger : “non, là, je peux pas, parce que le bœuf, il est vendu avec une sauce, or, dans la sauce, il y a des céréales, et les céréales, j’ai pas le droit, et en plus, je dois manger du pain azyme et c’est très dur”. “Bah, t’as qu’à demander le bœuf sans sauce”, je réponds. “Oui, non, parce que bon, en fait, j’ai pas envie de bœuf”. Aha, pris la main dans le sac, le Pascal.

Ainsi, chaque jour de la semaine, il arrivait avec son petit tupperware garni de pain azyme et je rigolais intérieurement, parce que d’habitude, il ne mange jamais rien entre les repas donc je me suis convaincu que c’était un signe simplement ostentatoire pour rappeler son appartenance au peuple élu. Je suis mauvais.

Quand le jeudi d’avant le vendredi de Pâque est arrivé, on travaillait tard parce qu’on était très à la bourre et à 19h, il a voulu absolument s’acheter une baguette de pain (pour le lendemain) parce que purée une semaine sans pain, c’était horrible. L’opération lui a pris près d’une demi-heure, et franchement, c’est Issy-les-Moulineaux, c’est pas non plus un bled paumé.

Enfin bref. Revenu avec sa baguette qu’il caressait délicatement en se pourléchant les babines d’avance, Pascal a réussi à finir le journal en temps et en heure (après avoir pas mal merdé sur un dossier qui parlait d’amplificateurs audio-vidéo (oui, ras le bol d’inventer des trucs stupides) pour lequel en deux semaines il avait réussi à en commander un appareil sur six et celui-ci, on l’avait déjà testé un mois avant, clap, clap, un peu plus tard alors qu’il se félicitait de son dossier : “je me suis bien débrouillé”, je lui ai rappelé l’épisode humiliant du produit déjà testé et il s’est contenté d’un “bon, oui, là, j’ai merdé”) et est parti le lendemain chez sa môman, en Lorraine, jusqu’au mercredi suivant.

Le jour qui précédait son départ en terre sainte, nous étions tous au bureau (la maquettiste, Pascal, Bob, le syndicaliste, et moi) quand le rédacteur en chef arrive et fait une remarque sur le fait qu’on est à la bourre et qu’il faudrait un peu se dépêcher. Alors, Pascal s’insurge comme quoi s’il n’a pas fini son travail, c’est la faute à Bob parce qu’il doit écouter un produit avec Bob et que Bob traîne à le mettre en œuvre. Et il conclut devant tous le monde : “de toutes façons, Bob, avec ses horaires, c’est normal que la revue soit à la bourre”. Paille, poutre, œil du voisin, je fais pas de dessin, mais nous étions tous estomaqués par l’arrogance de Pascal qui jugeait les horaires de Bob inadmissibles.

Donc, quand le jeudi de la semaine suivant arrive, Pascal devait revenir. Onze heures, pas de Pascal. Onze heures trente, pas de Pascal. Mon rédacteur en chef sort la tête de son bureau :

– Pascal devait pas revenir aujourd’hui ?
– Bah, si, je crois, je réponds.
– Et ?
– Et quoi ?
– Et il est où ?
– Bah je sais pas.
– Mais il est 11h40 ?
– Ah oui, mais ça, c’est rien : il a juste dix minutes de retard.

La maquettiste et moi, nous pouffons de rire, et le RC fait : “oui, mais quand même 11h40”.

Pascal arrive alors, installe son Mac et retourne dare-dare sur les forums de Britney Spears. Il est midi, il est arrivé depuis vingt minutes, je pars manger avec la maquettiste et j’essaie de faire en sorte que Pascal ne nous suive pas, parce que bon, il vient d’arriver, il peut peut-être garder le bureau pendant qu’on va manger, me dis-je. Disons plutôt, ça me paraît tomber sous le sens. On descend et on s’installe à une table, quand par la fenêtre, je vois Pascal avec son plateau et il arrive : “ah, j’ai eu du mal à vous trouver !”.

Le soir même, il partait à 18h00 parce que “le Blu-ray du Bon, la brute et le truand sort aujourd’hui et j’ai pas l’intention de le manquer”.

Snif.

Written by Engagé Baleine

May 2nd, 2009 at 12:02 pm

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